De Ducasse à Maldoror

Un mystérieux exemplaire des Chants de Maldoror, ou les aventures posthumes d’Isidore Ducasse à Leipzig

In Édition, Lautréamont, Maldoror, Réception on 02/02/2018 at 18:02

 

Kevin Saliou et Bertrand Combaldieu

 

Les Cahiers Lautréamont ont été contactés par Bertrand Combaldieu, heureux propriétaire d’un volume de l’édition 1874 des Chants de Maldoror[1]. Cet exemplaire était jusqu’alors parfaitement inconnu des ducassologues. Il présente plusieurs particularités intrigantes qui sont autant de témoignages de son itinéraire.

 

© B. Combaldieu

 

Entre les mains d’un bibliophile allemand

Aussi loin qu’on puisse remonter, le livre a appartenu à Victor Ottmann, libraire et écrivain allemand né le 17 avril 1869 à Breslau et mort en 1944. On sait peu de chose sur cet homme. Ottmann est un polygraphe dont les publications n’ont guère de rapport avec l’œuvre d’Isidore Ducasse. On lui connaît un goût pour les récits de voyage, initiés en 1895 avec Streifzüge in Toskana, an der Riviera und in der Provence[2] puis poursuivis avec Von Marokko nach Lappland[3], Nach dem Pharaonenlande[4], Ägypten[5], Belgien[6], etc. Certains de ces ouvrages ont parfois été coécrits avec John Hagenbeck[7]. L’Egypte, où il vécut deux années avant 1908, ainsi que l’Asie semblent avoir eu ses préférences en matière de tourisme littéraire.

Mais Victor Ottmann avait débuté dans un tout autre domaine. En 1891, alors qu’il tenait à Leipzig sa propre librairie et maison d’édition, il fit paraître une réédition de Paradoxe, de Max Nordau. La même année, il publia également une traduction en allemand d’Hedda Gabler d’Henrik Ibsen, puis, en 1892, le roman Verschrieben d’Holger Drachmann et un ouvrage en allemand de Paul Adam consacré à l’art de la dorure à la main et de la mosaïque de cuir[8]. À Leipzig, où il exerçait alors, Ottmann avait lié quelques contacts avec les cercles littéraires, fondant la revue Litterarisches Echo : Rundschau für Litteratur dont il avait fait de sa librairie le point de vente principal. Après treize numéros, la revue cessa et il dut fermer sa boutique. Enfin, en 1895, on le vit faire paraître un Was soll ich lesen ?, publié cette fois à Berlin, qui montrait encore ses préoccupations littéraires. Il s’intéressa également à la vie et à l’œuvre de Casanova, qu’il traduisit en 1900 à l’occasion d’une étude pour la Société des Bibliophiles de Stuttgart. Victor Ottmann fut l’un des fondateurs de la Société des Bibliophiles, en 1898. Enfin, il parlait parfaitement la langue française, comme le prouvent ses traductions, ainsi qu’un article sur les librairies parisiennes paru en 1898[9]. En 1902, il tenait à Berlin une librairie qui s’était spécialisée dans la littérature française. Il est enfin une source importante sur les publications répertoriées dans la Biblioteca Germanorum Erotica et Curiosa de Hayn et Gotendorf.

Son exemplaire des Chants de Maldoror provenait de Belgique, puisqu’il s’agit de l’un des volumes mis en circulation par Charles Rozez. Peut-être avait-il auparavant appartenu à l’un des membres de La Jeune Belgique. On ignore si Ottmann avait des contacts avec les cercles bruxellois, ou s’il s’était procuré le livre par un intermédiaire qui l’avait fait venir en Allemagne. Ottmann voyageait régulièrement en Europe et dans le reste du monde. Il fit certainement plusieurs séjours en France et en Belgique, notamment pendant la rédaction de son ouvrage Belgien, paru en 1910. Cependant, il n’achetait pas nécessairement ses livres lui-même, comme en témoigne une lettre adressée à Eduard Fischer von Röslerstamm datée du 6 mai 1899, où Ottmann écrit : « Si vous pouviez acheter quelques volumes pour moi, si ils sont peu coûteux, je vous prie de le faire, car vous connaissez mon domaine de collection[10]. »

L’exemplaire avait été relié par Carl Sonntag à Leipzig. Ce relieur était alors considéré comme l’un des plus renommé du pays, mais pendant la Seconde Guerre mondiale, parce qu’il avait épousé une femme juive, sa précieuse collection fut confisquée et détruite, à l’exception de sept livres. Nous ne savons pas si Sonntag avait également eu en sa possession un Maldoror, mais l’œuvre aurait très certainement heurté ses goûts plutôt classiques. Son activité de relieur s’étend sur une période assez courte, entre des débuts remarquables en 1908 et un arrêt aussi subit qu’inexpliqué en 1914, ce qui nous permet de dater le moment où cette édition fut reliée : comme nous le verrons plus loin, il y a tout lieu de penser que Victor Ottmann fit l’acquisition du volume à la fin de l’année 1911. La reliure a vraisemblablement été faite au même moment, à la demande du bibliophile comme le prouvent les initiales VO sur la tranche. Le cuir marron avec lignes de points dorés était utilisé par Sonntag en 1911, ce qui vient également confirmer l’année de l’acquisition.

Dans le catalogue de la vente de la librairie Henri Godts[11], l’exemplaire de Victor Ottmann est ainsi décrit :

 In-12° : 332-[1] pp. (rouss. sur le faux titre)

Relié par Carl Sonntag de Leipzig : bradel pleine percaline brun clair, étiq. de chagrin bordeaux sur le dos lisse, tr. rouges, couv. cons. (coins émoussés, lég. défraichie, rouss. sur les gardes annotées en allemand avec extraits de catalogues).

Sonntag

© B. Combaldieu

Ajoutons que Carl Sonntag était l’un des premiers membres de la Société des Bibliophiles co-fondée en 1898 par Victor Ottmann. En outre, la bibliothèque universitaire de Louvain possède un exemplaire de 1874 des Chants de Maldoror qui provient vraisemblablement de Fedor von Zobeltitz, le fondateur de l’Association de Bibliophiles de Weimar avec Ottmann. Sa bibliothèque, saisie par le Reich allemand, fut donnée à Louvain en réparation des dommages causée par la Première Guerre mondiale.

Bertrand Combaldieu nous a fait remarquer que, comme l’exemplaire de M. Olivier Fodor, celui-ci ne comporte pas de tiret sous le titre « Chant Premier ». En 2015, Olivier Fodor nous communiquait sa découverte en commençant ainsi :

J’ai eu la chance d’acheter un exemplaire de l’édition 1874 des Chants de Maldoror qui diffère de tous les autres exemplaires connus par une anomalie typographique. Je conjecture que cet exemplaire a été broché à partir de tirage d’épreuve.

En effet la page 5, première page de texte du chant premier, se présente SANS LE TIRET de séparation entre la mention LES CHANTS DE MALDOROR et CHANT PREMIER[12].

Il semble donc que cette anomalie ne soit pas isolée, et il faudra un jour expliquer cette curiosité typographique.

page1

© B. Combaldieu

L’autre particularité du volume de Bertrand Combaldieu est la trace de ses différents propriétaires antérieurs. Le nom de Victor Ottmann est écrit à la main avec quelques notes en allemand. Quelqu’un, vraisemblablement le propriétaire lui-même, y a ajouté l’article d’Henri Duvernois paru dans la revue Je sais tout du 15 septembre 1911. En-dessous, la date d’octobre 1911 a été ajoutée. On peut supposer qu’Ottmann a acquis l’exemplaire à cette date.

couv1874

© B. Combaldieu

L’article de Duvernois, extrêmement négatif quant à la qualité littéraire des Chants de Maldoror, qualifiés de « chef-d’œuvre de mauvais goût », a fortement influencé la réception de l’œuvre. Valery Larbaud écrit que cet article fut le premier à introduire le nom de Lautréamont auprès du grand public. Je sais tout était une revue de vulgarisation scientifique à gros tirage. Érudit francophile, Ottmann devait être abonné à plusieurs revues françaises et c’est ainsi qu’il avait pu entendre parler de Lautréamont. S’appuyant sur ce qu’en dit l’article, Ottmann écrit en effet dans sa langue maternelle : « Production absconse d’un graphomane, avec de nombreuses obscénités et blasphèmes. Sous le pseudonyme se cache un certain Lucien Ducasse. »

 

© B. Combaldieu

L’approximation sur le nom de l’auteur provient elle aussi de l’article de Duvernois, qui écrivait :

Le monument de ce genre de style a été élevé par un certain Lucien Ducasse, qui, sous le pseudonyme de Comte de Lautréamont, écrivit, en 1869, le livre le plus fou, le plus incompréhensible, le plus extravagant : Les Chants de Maldoror. Était-ce un aliéné ? un « épateur » ? un « fumiste » ? On ne sait trop.

C’est de lui que découle encore la lecture radicale et dépréciative qui est faite du volume, perçu comme un délire confus, obscène et blasphématoire. Ainsi, on peut supposer que c’est à la lecture de Je sais tout que Victor Ottmann chercha à se procurer entre septembre et octobre 1911 un exemplaire des Chants de Maldoror qui l’avaient intrigué. L’attention qu’il prêtait à la vie littéraire, les contacts qu’il pouvait avoir dans le monde de la bibliophilie – la société de bibliophilie qu’il avait fondée était vite devenue un réseau international – durent faciliter ses recherches et lui permettre aisément de mettre la main sur l’une des éditions belges. Mais son opinion sur les Chants fut conditionnée par un préjugé de lecture, et il est même possible que l’annotation à la main, très générale, ait été faite avant même que le livre ait été lu. On ne trouve guère en tout cas d’échos dans la production littéraire connue de Victor Ottmann, qui ne sembla pas se détourner de ses récits de voyage.

Entre 1918 et 1925, Ottmann avait consacré plusieurs études au président du Reich, Paul von Hindenburg. Ses Goldene Worte qui rassemblent ses mots et ses discours montrent l’admiration que lui vouait Victor Ottmann, qui dut regarder avec effroi la montée au pouvoir d’Adolf Hitler. Une partie des membres de la Société des Bibliophiles de Weimar était juive. Ottmann a-t-il été spolié par les nazis ? Rien ne semble l’indiquer. On ignore ce qu’il advint de sa bibliothèque à sa mort en 1944, mais on retrouve la trace de son volume, quelques décennies plus tard, aux Pays-Bas.

 

La provenance du volume – un périple européen

Sur le volume, une mention au crayon indique, en néerlandais : « Premier tirage selon Rossignol. Précieuse publication originale. » La librairie Rossignol, aujourd’hui installée à Draguignan, était autrefois située rue de l’Odéon. Ou bien le libraire a été consulté pour une estimation, ou bien c’est par lui que s’est faite la vente. Mais l’indication ne dit pas clairement quel rôle a joué Rossignol, ni même de quel Rossignol il s’agissait – la librairie s’est transmise sur plusieurs générations. On ignore de même si le scripteur se base sur un catalogue Rossignol où figurerait l’exemplaire, s’il l’acheta directement dans la librairie ou si Rossignol a simplement donné son expertise sur ce volume. Celle-ci est d’ailleurs très approximative : de l’édition 1869, il n’y eut qu’un tirage, revêtu d’une nouvelle couverture en 1874. On ne saurait donc parler de « premier tirage », puisqu’il n’y en eut pas de second, de même que l’expression « publication originale » reste discutable, puisqu’il s’agit d’une édition de 1874 et non de 1869.

Ces informations sont autant d’indices pour suivre les trajets du volume. De la Belgique, l’exemplaire était allé en Allemagne, puis, des décennies plus tard, était repassé par Paris pour être estimé par Rossignol avant de devenir la propriété d’un collectionneur néerlandais. Finalement, il était revenu en France à l’occasion d’une nouvelle vente. Le catalogue de cette vente, qui a permis à Bertrand Combaldieu d’entrer en possession du livre, indiquait, quant à lui :

ÉDITION ORIGINALE de seconde émission, avec les noms d’éditeurs et date actualisés. L’originale a été imprimée à compte d’auteur par Lacroix à Bruxelles en 1869 et Lautréamont en reçut quelques exemplaires. Par crainte de censure, Lacroix ne distribua pas l’édition dont il ne reste que 5 ou 6 exemplaires à cette date. Il céda par la suite l’ensemble du tirage au libraire bruxellois Rosez qui réimprima la couv., les titre et faux titre avec la nouvelle date.

# Vicaire V-104; # Talvart IX-341; # Fayt, Auguste Poulet-Malassis à Bruxelles (septembre 1863-mai 1871), Bruxelles, 1993, p. 98; # En français dans le texte, n° 293.
Provenance : Victor Ottman (mention ms. et monogramme frappé sur le dos de la rel.).

De fait, il s’agit bien de l’édition Rozez, soit l’édition originale rebrochée par le libraire bruxellois. À l’intérieur du volume, on trouve encore une autre coupure qu’un propriétaire, sans doute Ottmann, inséra à côté de l’article de Je sais tout :

intDroit

© B. Combaldieu

Cette notice provient du Bibliophile parisien, catalogue édité par le libraire Henri Daragon. En 1906, celui-ci avait proposé, dans la rubrique « Curiosa » de sa livraison 5-6, une description d’un exemplaire de l’édition Rozez :

  1. LAUTREAMONT (Comte de). Les chants de Maldoror. Bruxelles, 1874, in-12, br. 15 fr. Edition originale avec nouveau titre et millésime de 1874. Très rare. Livre sadique et étrange que les premiers éditeurs n’osèrent pas mettre en vente. Le tirage resta dans les caves d’un libraire belge, qui, timidement au bout de quatre années fit brocher des exemplaires avec un titre et une couverture anonymes. Quelques lettrés seuls connaissent ces exemplaires. (Vicaire V.102-104)[13].

Le volume était encore présent dans le numéro de mars-avril 1907, cette fois sous le numéro 644 et avec son prix baissé à 10 francs. Mais les exemplaires des Chants de Maldoror se vendaient fort mal alors. Un exemplaire apparaît encore dans le deuxième numéro de 1911. S’agissait-il du même, qui n’avait toujours pas été vendu, ou d’un nouvel exemplaire que Daragon venait d’acquérir ?

  1. LAUTREMONT [sic] (Comte de). Les chants de Maldoror (chants I,II,III,IV,V,VI), Paris [sic], 1874, in-18 [sic], br. 15 fr. Ce volume, publié à Bruxelles, ne fut mis en vente que de longues années après son impression, il fut caché dans des caves aussitôt imprimé. Quelques exemplaires seulement ont été mis en vente, le reste a été détruit.

Cette triple mention d’un exemplaire sur un catalogue de libraire est la plus ancienne connue. La dernière occurrence est une nouvelle indication qui semble confirmer que c’est bien en 1911 qu’Ottmann se procura le volume. Il est impossible de savoir s’il acheta bien l’exemplaire de Daragon, qu’il avait repéré sur le catalogue, ou si c’est un autre qu’il s’était procuré, en le dénichant, par exemple, à la foire aux livres de Leipzig, très prisée des bibliophiles, et qu’il orna ensuite de la description du libraire. Si nous n’avons pas de preuve qu’Ottmann et Daragon étaient en relation, nous savons cependant que Franz Blei, membre de la même Société des Bibliophiles qu’Ottmann, faisait régulièrement paraître dans sa revue Opale des publicités pour la librairie parisienne. Quoi qu’il en soit, l’annonce pour l’exemplaire des Chants de Maldoror n’apparaît plus dans les livraisons suivantes du Bibliophile parisien de Daragon.

Il faut revenir sur la dernière phrase de la notice du libraire. Celle-ci s’inspire du tome 5 du Manuel de l’amateur de Livres du xixe siècle. 1801-1893, de Georges Vicaire, publié en 1905[14], mais Daragon ajoute pourtant une indication surprenante de son cru : le stock des exemplaires aurait en grande partie été détruit. Né en 1870, le libraire Daragon avait débuté sa carrière en 1899, après après avoir acheté un fonds à la vente Francisque Sarcey. Il avait fondé son catalogue du Bibliophile parisien en janvier 1900. On ignore comment il avait obtenu son exemplaire des Chants de Maldoror, mais pour constituer sa notice, il se fia visiblement à plusieurs sources. La légende de la destruction de l’édition originale provient de l’Essai bibliographique sur la destruction volontaire des livres ou bibliolytie de Fernand Drujon[15]. Ce dernier s’appuyait sur un catalogue du libraire bruxellois Jean-Jules Gay qui faisait de Lautréamont « un fou érotico-mystique » et affirmait que les exemplaires des Chants de Maldoror avaient été retirés du commerce par la famille de l’auteur et supprimés[16]. Mais le catalogue de la librairie Gay date de 1882 et précède donc de trois ans la redécouverte par les Jeunes Belgique : il fallait donc que Jean-Jules Gay, installé à Bruxelles, ait reçu de son confrère Rozez, père ou fils, un exemplaire de l’édition rebrochée en 1874. Encore inconnus, Les Chants de Maldoror étaient alors proposés au prix de 3 fr. 50, soit un prix très bas comparé aux 15 ou 20 frs des livres obscènes proposés par Jean-Jules Gay. On sait désormais que l’affirmation de Fernand Drujon, reprise par Daragon, n’est pas fondée et que ni l’édition de 1869, ni celle de 1874, n’ont vraisemblablement pas été détruites.

 

Bob Luza, bibliophile néerlandais

L’ouvrage comporte enfin un monogramme apposé en ex-libris qui n’est pourtant pas celui de Victor Ottmann, ni celui de Carl Sonntag. On y voit un serpent, un bâton et un astre, ainsi que les initiales BL, qui révèlent l’identité de ce lecteur néerlandais.

BobLuza2

© B. Combaldieu

Il s’agit du médecin et bibliophile juif Bob Luza, vivant à Amsterdam, né en 1893 et mort en 1980. Sa collection, très diversifiée, contenait une grande part d’ouvrages érotiques. À la mort de Luza, la bibliothèque fut vendue aux enchères en Hollande. Un catalogue de la vente du 15 et 16 décembre 1981 fut édité par Van Gendt sous le titre Old & rare books. The Library of Bob Luza[17] : l’exemplaire des Chants de Maldoror n’y apparaît pas, mais il est vrai que cette vente ne concerne qu’une partie de la bibliothèque du collectionneur, essentiellement des ouvrages flamands et hollandais et des livres d’ésotérisme. Un autre catalogue existe, mais la Bibliothèque nationale ne le possède pas.

BobLuza6

Portrait de Bob Luza extrait du catalogue Van Gendt.

Cet exemplaire de l’édition 1874 nous invite à tourner notre regard sur la réception allemande de Lautréamont, dont on sait finalement très peu de choses. On savait jusqu’alors, par l’article très complet d’Hartmut Gatzke[18], que les dadaïstes zurichois avaient eu connaissance des Chants de Maldoror et que certains d’entre eux avaient rapporté en Allemagne leur connaissance du poète. Pourtant, il semble qu’il n’en ait quasiment rien fait, et, si l’on excepte un fragment donné en 1927 aux lecteurs de la revue Die Horen[19], c’est la traduction de Ré Soupault, en 1954, qui fera très tardivement connaître l’œuvre outre-Rhin. Nul doute que le régime nazi aurait considéré Maldoror comme un très bel exemple d’art dégénéré, ce qui aurait fatalement nui à sa diffusion dans les années 30. On voit pourtant que quelques bibliophiles de Weimar et Leipzig, à l’image de Victor Ottmann, avaient pu faire venir quelques volumes dès 1911. Il reste à mesurer l’ampleur exacte de cette diffusion dans les cercles des lettrés de Weimar.

 

Bertrand Combaldieu et Kevin Saliou remercient vivement M. Andreas Schüler pour son aide précieuse et érudite.

 

[1] https://www.godts.com/fr/auction/vente-publique-12-decembre-2017-10-30-13-h/catalogue/18/

[2] Victor Ottmann, Streifzüge in Toskana, an der Riviera und in der Provence, von Victor Ottmann : 10-12. Tausend. Mit 9 ganz seitigen und 116 Textbildern, Berlin, Verein der Bücherfreunde, 1895, 478 p.

[3] Id., Von Marokko nach Lappland, von Victor Ottmann, Berlin-Stuttgart, Spemann, 1904, 255 p.

[4] Id., Nach dem Pharaonenlande, Berlin, Allgemeiner Verein für Dt. Literatur, 1908, 303 p.

[5] Id., Ägypten, Leipzig, Rosenbaum, 1912, 80 p.

[6] Id., Belgien, Leipzig, Velhagen & Klasing, 1914, 38 p.

[7] Id., Südasiatische Fahrten und Abenteuer : erlebnisse in Britisch- und Holländisch-Indien, im Himalaya und in Siam, Dresden, Verlag Deutsche Buchwerkstätten, 1924, 252 p.

[8] Paul Adam, Die Kunst des Blinddrucks der Handvergoldung und der Ledermosaik, Leipzig, Victor Ottmann, 1892.

[9] Victor Ottmann, « Französisches Antiquariat », Zeitschrift für Bücherfreunde, 1. Jg., S. 223 f., Velhagen & Klasing, Bielefeld & Leipzig, 1897/98.

[10] « Wenn Sie die Liebenswürdigkeit haben wollten, auf der Auktion Gheno ein paar Piècen für mich zu erwerben, wofern sie preiswert sind, so bitte ich Sie darum, meine Sammelrichtung kennen Sie ja. » Lettre signalée par M. Andreas Schüler et consultable en ligne : https://www.zvab.com/servlet/BookDetailsPL?bi=17007140181&searchurl=kn=%22victor+ottmann%22&hl=on&sortby=19

[11] https://www.godts.com/fr/auction/vente-publique-12-decembre-2017-10-30-13-h/catalogue/18/

[12] https://cahierslautreamont.wordpress.com/2015/11/11/une-decouverte/

[13] « Curiosa », Le Bibliophile parisien n° 5-6. Cité par Jean-Jacques Lefrère et Éric Walbecq dans « Maldoror et le libraire Daragon », Cahiers Lautréamont, livraisons XXXV-XXXVI, p. 91-95.

[14] George Vicaire, Manuel de l’amateur de Livres du XIXe siècle. 1801-1893, t. V, Paris, Daragon, p. 102-104. Cité par Jean-Jacques Lefrère et Éric Walbecq dans « Maldoror et le libraire Daragon », op. cit.

[15] Fernand Drujon, Essai bibliographique sur la destruction volontaire des livres ou bibliolytie, Paris, Quantin, 1889, p. 39.

[16] Cité par Jean-Jacques Lefrère, Isidore Ducasse, auteur des Chants de Maldoror par le comte de Lautréamont, Paris, Fayard, 1998, p. 642.

[17] Van Gendt Book Auctions, Old & rare books. The library of Bob Luza. Auction Sale December 15th-16th, 1981, Amsterdam, A.L. van Gendt & Co., 1981, 230 p.

[18] Hartmut Gatzke, « Ducasse avant Dada », Les Lecteurs de Lautréamont, Actes du quatrième colloque international sur Lautréamont, Montréal, 5-7 octobre 1998, Cahiers Lautréamont, 2e semestre 1998, Livraisons XLVII et XLVIII, p. 171-204.

[19] Hanns Martin Elster et Wilhelm von Scholz, Die Horen. Monatshefte für Kunst und Dichtung, Jahrgang IV, tome 1, Berlin, Horen-Verlag, 1927. Ce fragment, peu connu des ducassologues, nous a été signalé par M. Andreas Schüler.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :