De Ducasse à Maldoror

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Maldoror Rock’n’roll

In Comptes-rendus, Lautréamont, Maldoror, Musique, Réception on 14/11/2014 at 16:32

Par

Kevin Saliou

 

Éminemment musicaux par leur puissance déclamatoire, Les Chants de Maldoror ont très tôt inspiré les musiciens. Selon la légende, l’œuvre avait été composée par Ducasse tandis qu’il rythmait ses strophes en martelant le piano de sa chambre, au grand dam de ses voisins de palier. Les premières adaptations musicales sont venues très vite. Au début des années 1890, Paul Fort eut un projet d’adaptation théâtrale qu’il abandonna. Maldoror taillé pour la scène ? Les premiers lecteurs, les symbolistes et les décadents de la fin du dix-neuvième siècle, s’en étaient déjà aperçu. Les surréalistes poursuivront les tentatives de transposition. On se rappelle ainsi la controverse du « Cabaret Maldoror », qui dégénéra en rixe le soir de la première après qu’André Breton et ses troupes furent venus perturber le spectacle et provoquer Robert Desnos, à l’origine de l’initiative et qui venait d’être exclu du groupe. Les années 1920-1930, âge d’or du surréalisme, voient une forte diffusion des Chants de Maldoror. Ainsi, on trouve dans le Figaro du 6 mars 1930 un article de Robert Brunel intitulé « Florent Schmitt et Lautréamont», qui évoque les compositions de ce musicien inspirées par la phrase « J’entends dans le lointain des cris prolongés de la douleur la plus poignante. » Il s’agit d’une pièce pour piano, nous dit Brunel, rehaussée par le soutien d’un orchestre qui rend le tout « généreux, abondant, vigoureux, puissamment lyrique[1] ».

On pourrait retracer l’histoire des mises en musique des Chants de Maldoror dans le domaine classique : elles sont nombreuses tout au long du XXe siècle. Mais c’est un troisième temps de cette réception musicale qui va nous intéresser, à savoir le succès plus ou moins underground de Maldoror auprès de la scène rock. Genre polymorphe qui a su évoluer en soixante ans, le rock a donné naissance à des sous-catégories très diverses, parfois fort éloignées de ses origines rockabilly. Sans aucune prétention à l’exhaustivité, nous voudrions, dans cet article, proposer une promenade dans cet univers afin d’illustrer l’influence très nette de Lautréamont et de son œuvre sur les artistes rock, souvent tourmentés, dont la créativité s’épanouit à la lecture des Chants de Maldoror. Comme l’écrit Michel Pierssens :

Disons aussi que le côté noir, révolté, subversif et sanglant de Maldoror fait beaucoup pour séduire les amateurs de heavy metal et autre punk rock […]. Bref, si Ducasse a beaucoup d’amis parmi les hématologues, il en a encore plus chez les musiciens d’aujourd’hui, mais pour les mêmes raisons qui tiennent au goût du sang[2].

Le rock est une culture transgressive dès son origine, qui prend racine dans la culture adolescente des années 1950 et glorifie le sexe, la drogue, le frisson et la violence comme forces de contestation d’une culture parentale jugée bien-pensante, conservatrice et dépassée. A partir des années 1980, l’émergence, sur les cendres encore chaudes du mouvement punk, d’une sous-culture gothique se nourrissant à la fois de la cold wave et des branches les plus radicales du metal, devenu genre à part entière, ravive cet intérêt pour Lautréamont. Son œuvre se voit auréolée d’un prestige nouveau : pour les plus élitistes des goths, il n’est plus question de se revendiquer uniquement de Baudelaire, devenu trop grand public, et Lautréamont constitue une alternative intéressante en ce que ses écrits apparaissent encore plus noirs, encore plus violents, encore plus subversifs, tout en restant (relativement) marginaux.

John Cage

Cette composition est bien connue des ducassiens. En 1971, le performer et musicien expérimental John Cage poursuit une réflexion sur la déconstruction du langage. L’une de ses démonstrations est intitulée Les Chants de Maldoror pulvérisés par l’assistance même. Bien qu’accompagnée de musique, elle relève davantage du happening. Il s’agit de donner au public des mots prélevés au hasard dans les Chants et de les faire déclamer et répéter pour que la voix devienne la matière brute de l’œuvre en cours de réalisation. Ainsi, il s’agit d’une œuvre collective qui laisse une large place au hasard et à l’expérimentation. Chacune des performances, peu nombreuses, donne un résultat différent. Dans son article « John Cage et Les Chants de Maldoror pulvérisés par l’assistance même[3] », Andrea Thomas inscrit cette proposition dans la lignée des lectures façon gueuloir intimement liées à la première réception de Lautréamont : le texte fut déclamé à voix haute en public au Café Sésino lors de sa découverte par les Jeunes Belgique, puis l’objet de lectures nocturnes dans le service de psychiatrie où André Breton et Aragon travaillaient. Toujours selon Andrea Thomas, un enregistrement de la performance de John Cage est conservé à la New York Public Library of the Performing Arts, mais aucun n’a été commercialisé. John Cage n’a jamais parlé de Lautréamont ni justifié le choix de cet auteur. Il était également proche d’un autre groupe de musiciens qui occupèrent une grande place dans l’histoire du rock, les Velvet Underground de la Factory de Warhol, menés par Lou Reed, Nico ou encore John Cale. Il ne serait guère surprenant que l’on trouve chez ces artistes d’autres influences maldororiennes. En 2000, Lou Reed, célèbre pour la douce noirceur mélancolique de ses textes, choisira un autre auteur, Edgar Allan Poe, pour inspiration principale de son album The Raven. Également proche du Velvet Underground, David Bowie est également un fervent lecteur des Chants de Maldoror, même s’il n’a jamais explicitement fait référence au livre. En 2013, il donna à la presse un top 100 de ses lectures favorites, sans ordre de préférence : l’œuvre de Ducasse y figure.

Jim Morrison, lecteur de la dernière heure ?

En 2007, la plaquette du spectacle Opéra de Maldoror, mis en scène par Jean-Louis Manceau sur une musique d’André Fertier, affirmait : « Se rappelle-t-on que Jim Morrison, le sulfureux chanteur des Doors, est enterré au Père Lachaise, à Paris, avec l’exemplaire des Chants de Maldoror, retrouvé sur sa table de chevet, le soir de sa mort[4] ? » A vrai dire, non. L’anecdote est croustillante : Jim Morrison, grand amateur de poésie, était abondamment nourri de Rimbaud et de Nietzsche. Il finit ses jours à Paris, où il était venu trouver l’anonymat loin des turbulences de la vie de rockstar de Los Angeles et où il comptait débuter une carrière de poète. Nous avons cherché dans plusieurs biographies de Jim Morrison la source de cette assertion, en vain. La compagnie, contactée par nos soins, n’a jamais daigné nous éclairer non plus. En amateur des Doors, nous continuerons à chercher, mais il est plus probable que la rencontre fortuite dans la mort de deux étoiles noires de la poésie subversive ne soit qu’une légende très romantique sur laquelle on peut encore rêver longtemps…

Serge Gainsbourg

Vers la fin de sa vie, Gainsbourg composa pour sa muse Jane Birkin une chanson intitulée « Et quand bien même », qui ouvre le disque Amours des feintes sorti en 1990. Dès la première strophe, le texte met en place un jeu de rimes en « or » :

Et quand bien même tu m’aimerais encore
J’me passerais aussi bien de ton désaccord
C’est l’même dilemme entre l’âme et le corps
Comme un arrière-goût de nevermore

Et vient ensuite le refrain, très clair :

Lautréamont, les Chants d’Maldoror
Tu n’aimes pas, moi j’adore

Apparemment, Gainsbourg était en effet un grand lecteur de Lautréamont. Il avait voulu partager son enthousiasme avec Jane Birkin, qui n’avait pas été séduite par le style de Ducasse. Le titre, régulièrement joué sur scène, deviendra l’un des classiques du répertoire de Jane Birkin. En 2002, elle le fera figurer sur son album Arabesque qui réarrange des titres, pour la plupart signés Gainsbourg, dans une tonalité orientale.

 

Maldoror gothique – Steven Severin

Récupérés par la culture gothique, Les Chants de Maldoror font l’objet d’une énième relecture partisane et orientée dans le sens de la noirceur. Né dans les années 80, le mouvement gothique s’est un temps confondu avec une autre tendance de la culture populaire, dite néo-romantique. Tous deux ont en commun de revendiquer un goût pour le spleen, pour l’esthétique des dandys mais aussi pour le sublime du romantisme. La préférence va bien entendu au romantisme noir ou frénétique, mettant en scène de façon très visuelle une esthétique du gore et de la violence exacerbée que l’on retrouve dans la culture goth.

Steven Severin n’est pas n’importe qui : en 1976, il s’associa avec Siouxsie Sioux pour former, dans le sillage de la scène punk britannique, le célèbre groupe Siouxsie and the Banshees. Proche des Sex Pistols à ses débuts, Siouxsie s’impose rapidement comme une diva post-punk à la voix envoûtante et remarquable, et le groupe, dont la production oscille entre pop d’avant-garde et cold-wave plus franchement gothique, est bientôt reconnu comme l’un des plus importants de la nouvelle scène anglaise. En 1996, après avoir produit onze albums salués par la critique, il se sépare pour s’orienter vers de nouveaux projets. Steven Severin se lance alors dans une carrière solo qui lui permet de s’illustrer, non plus seulement à la basse, mais dans tous les autres domaines pour réaliser un travail de compositeur à part entière. En 1999, après un premier album composé de neuf morceaux instrumentaux, il sort, sur son label RE :, un disque intitulé Maldoror et disponible uniquement via son site internet. Il s’agit en fait de pistes instrumentales composées en 1993 pour une compagnie de théâtre brésilienne, Os Satyros, qui souhaitait adapter Maldoror à la scène. Le projet traîna et avorta plusieurs fois, mais Steven Severin l’acheva en 1998. La liste des titres est la suivante :

  1. Prelude : Europa
  2. Mal d’Aurore (Dawn’s Evil)
  3. Theme #1
  4. Metal & Bone
  5. Crushed (The Glow-Worm)
  6. Head of Rain
  7. Theme #2
  8. Rhyme of the Jazz Pederast
  9. A Hanging
  10. Theme #3
  11. Epilogue : The Audience

Le spectacle fut donné au Brésil, à Sao Paulo, puis à Édimbourg au Fringe Festival d’août 1999. On peut regretter l’absence d’informations sur cette représentation, dont il existe peut-être une captation quelque part. Cela nous aurait ainsi permis de savoir à quels passages font référence les trois thèmes, le prélude, l’épilogue, ou les mystérieuses pistes Mal d’Aurore, Metal & Bone ou Head of Rain. Les autres titres pourront facilement être identifiés.

La pochette nous apporte quelques informations supplémentaires sur le spectacle, dirigé par Rodolfo Garcia Vasquez à partir d’un script d’Ivam Cabral. Severin décrit le déroulement de la pièce :

It is an experience that begins with a journey in a blacked-out coach to an unspecified location. A looped version of the first track Prelude: Europa sets the scene for this voyage into the unknown. Some 15 minutes later they arrive in the middle of dense woods to the twin sights of a bloody body lying prone in the middle of the road & a young girl merrily singing on a swing. The second track, Mal d’Aurore (Dawn’s Evil), leads them through the forest to the deserted chapel where the main part of the performance takes place. Over the next hour they will follow Maldoror’s terrible quest for the Creator. Along the way they meet the hermaphrodite, the glow-worm, prostitutes, gravediggers & beggar-women. The final track, Epilogue: the Audience, is to be played as the audience leaves the chapel in pursuit of the cast.

            Quelques images de la représentation complètent cette pochette. A noter cette approximation qui révèle bien la réception parfois très approximative qui est faite de l’œuvre de Ducasse dans les milieux gothiques, qui s’intéressent en général à ce qu’elle a de plus extrême et de plus pittoresque : Les Chants de Maldoror sont désignés comme un classique du roman surréaliste. On pourra écouter cet album sur le site du compositeur .

Maldoror gothique – Current 93

Formé en 1982, lui aussi en Angleterre et dans la lignée des courants post-punks qui combinent des esthétiques dérivées du gothique à l’exploration de sonorités industrielles (que l’on appellera bientôt indus), Current 93 est un groupe que bien des chercheurs spécialistes de Lautréamont auront dû croiser ça et là dans leurs recherches sur Internet. Portée par son leader David Tibet, la formation a en effet multiplié les variations autour d’un thème présent dès leurs premières démos, intitulé Maldoror Is Dead, et que l’on pourrait qualifier de partition dark folk expérimentale. Le catalogue des titres de Current 93 est assez imposant. Michel Pierssens a recensé quelques-uns de leurs titres dans les Cahiers Lautréamont tout en admettant sa perplexité et la nécessité que quelqu’un vienne mettre un peu de clarté dans cette discographie nébuleuse. Nous nous proposons d’y revenir chronologiquement.

Commençons par mentionner que Current 93 est un groupe très proche de Genesis P-Orridge, personnalité incroyable de la scène indus anglaise. A la fin des années 1970, P-Orridge fut l’inventeur de la musique indus (musique expérimentale d’avant-garde qui mêle sonorités electro avec une instrumentation agressive empruntée au rock le plus dur, sur des thèmes futuristes et martiaux dans la lignée du krautrock allemand et s’accompagnant souvent d’une dimension artistique plus globale se rapprochant de la performance), avec ses groupes Throbbing Gristle puis Psychic-TV. Bien avant d’inventer l’indus, en 1969, P-Orridge s’associa avec d’autres artistes, parmi lesquels Cosey Fanni Tutti et Jesus Joheero, pour fonder un collectif de performers transgressifs sous le nom de COUM Transmission. Se revendiquant de Dada et de Fluxus, mais dans une version sombre et trash, le groupe se réunit jusqu’en 1978 pour choquer le public par des happenings extrêmes mêlant musique expérimentale, installations vidéos, tracts pornographiques et performances physiques. Chacune de leurs performances provoquait une controverse, la plus fameuse étant celle déclenchée par l’exposition Prostitution, en 1976, centrée autour de photographies pornographiques de Cosey Fanni Tutti. L’exposition provoqua l’indignation, comme en témoigne cette opinion rapportée par un site internet qui sonne comme une consécration au pays des Sex Pistols :

A sickening outrage. Obscene. Evil. Public money is being wasted here to destroy the morality of our society. These people are the wreckers of civilization[5]!

C’est dans ce milieu qu’apparaît également le groupe Nurse With Wound, mené par Steven Stapleton, avec qui Current 93 produira, en 1983, une cassette demo en commun : la face A contient la première version de Maldoror Is Dead tandis que la face B contient quatre titres de Nurse With Wound. Mais avant cette collaboration, le premier album de Nurse With Wound porte le titre très maldororien de Chance Meeting on a Dissecting Table of a Sewing Machine and an Umbrella. Sorti en 1979 sur leur label United Dairies, l’album est une sorte de noise industrielle très expérimentale.

Nurse With Wound allait par la suite multiplier les collaborations avec Current 93, groupe dont fait également partie Steven Stapleton. Ainsi, sur un EP intitulé Noddy Goes to the Sea paru en 1994 et limité très sataniquement à 333 exemplaires, on trouverait à nouveau des pistes des deux groupes réunies. Nurse With Wound se définit comme un groupe de musique surréaliste. Ils ont également réalisé une petite pièce de théâtre faisant intervenir Isidore Ducasse. Michel Pierssens l’a retranscrite dans son article « Son nom de Maldoror dans l’internet désert[6] » dans les Cahiers Lautréamont du premier semestre 1997. Enfin, un enregistrement de ce groupe pour l’album Christ and the Pale Queens Mighty In Sorrow mentionne Isidore Ducasse parmi les membres du groupe.

 

En 1983, Nurse With Wound et Current 93 réunissent sur une cassette intitulée Mi-Mort plusieurs pistes. La face A contient un morceau intitulé Maldoror Est Mort, long de 17:31 minutes. Il s’agit d’un morceau plus ou moins instrumental, encore que des voix psalmodiant des incantations  étranges occupent le premier plan. Le titre deviendra l’un des classiques du groupe, décliné en une vingtaine de variations à travers leurs différents albums.

En 1984, l’album Nature Unveiled comprend ainsi une piste intitulée Ach Golgotha (Maldoror Is Dead), qui est une version retravaillée de la démo parue dans Mi-Mort. Cette fois, des chœurs de moines ont été ajoutés qui viennent contrebalancer les psalmodies inquiétantes et grouillantes venues d’outre-tombe, où l’on distingue parfois quelques bribes de paroles (comme un « Fuck You Maldoror » à un moment donné, ou la répétition du prénom sonnant comme une incantation). Même dualité dans le livret de l’album, qui met face à face deux personnages fictifs, le tout accompagné d’une iconographie chrétienne et apocalyptique : l’un est le Christ 777, dont est prédit le retour, l’autre est le mal incarné en la personne de Maldoror. Le premier incarne l’espoir, le second la tendance de l’homme à aller vers les mauvaises actions, les deux réunis représentent deux aspirations de la « nature dévoilée » de l’homme. Dans cet album, il est donc question de chute et de rédemption. Pour l’écouter: Ach Golgotha (Maldoror Is Dead).

Une réédition en CD, en 1992, vit s’ajouter, au Ach Golgotha monté à 18:59 minutes, deux pistes bonus extraites de concerts de 1984 : Maldoror Rising et Maldoror Falling. Tous ces morceaux peuvent être qualifiés de folk apocalyptique au vu des thèmes et expérimentaux au vu du traitement (il s’agit de montages de bruits, de collages et de boucles assemblées afin de créer une ambiance particulière).

En 1985, Current 93 sort un Live At Bar Maldoror, enregistrement de leurs concerts de l’année précédente. La face A du vinyle porte cette inscription énigmatique, « When Is A Door Not A Door ? », à laquelle répond celle de la face B : « When It’s A Ducasse ». Quatre titres composent ce live, qui ne semble pas être l’enregistrement d’un concert mais plutôt un montage de plusieurs enregistrements – ce qui explique que les recherches sur ce fameux bar Maldoror n’aient rien donné, le lieu étant fictif. On citera la tracklist, mais aucun morceau ne fait cette fois référence à l’œuvre de Ducasse :

  1. Alone In The Alone
  2. Only Shadows Of Hooks
  3. Christ’s First Howling
  4. Fields Of Rape

Le plus long de ces morceaux atteint 23 minutes. Il s’agit encore de folk apocalyptique très expérimental et difficile à décrire, mais le groupe va bientôt évoluer vers un son nouveau. La pratique du sampling, le collage de sons empruntés d’ailleurs, s’est ici radicalisée, et l’on comprend que ces groupes se revendiquent en effet d’Isidore Ducasse à la façon dont ils pratiquent le plagiat au nom de la composition et de la création musicale : les boucles, destructurées et réagencées afin de fabriquer, au sens le plus artisanal du terme, une ambiance sonore, sont un matériau emprunté qui vient serrer de près l’intention du compositeur. A ce titre, un article de 2004 trouvé sur Internet[7] place en effet Ducasse parmi les précurseurs de ce genre de groupes (il cite d’ailleurs Throbbing Gristle, la formation de Genesis P-Orridge), aux côtés de Burroughs et Gysin, les inventeurs du cut-up. Boucle 1, boucle 2, boucle 3.

En 1987, l’album Dawn marque un virage plus industriel : la folk est délaissée au profit de sons plus electro. Dawn est signé sur un label fondé par le groupe et appelé Maldoror, où sortiront désormais toutes leurs productions. La piste 2 est intitulée, à nouveau, Maldoror Est Mort. Elle fait cette fois 18:15 minutes et n’est en fait qu’une reprise de la version de Mi-Mort, avec quelques secondes de silence supplémentaires.

En 1993, l’album best-of Emblems : The Menstrual Years apporte une nouvelle variation sur le personnage de Maldoror, toujours aussi mort, dans un morceau de 12:11 minutes intitulé Maldoror Is Ded Ded Ded. Il s’agit d’un titre enregistré en 1992 pendant les sessions de l’album Thunder Perfect Mind, mais finalement écarté du pressage final. Caractéristique de l’évolution musicale de Current 93, Maldoror Is Ded Ded Ded est cette fois un morceau totalement nouveau, et non plus un simple remix de Maldoror Est Mort. Les chœurs grégoriens ont laissé place à une guitare indienne au son mélancolique, et si l’on est encore dans de la folk expérimentale, on est cette fois plus proche de la folk, la piste prenant un peu plus l’allure d’une chanson par une structure plus classique : il n’y a plus de grognements et de bruits étranges, mais une orchestration mélancolique et cyclique sur laquelle se pose la voix – encore distordue certes – du chanteur. De vraies paroles accompagnent la mélodie, sorte de complainte funèbre pour Maldoror :

Maldoror is dead
Little brick
Buried in the earth
Maldoror is gone
Was I a man?
Was I a stone?
Maldoror is dead
Chance meetings, Maldoror
You are gone now, Maldoror
The ship that sunk, Maldoror
Dispatched by bullets, Maldoror
Maldoror is dead
Maldoror is dead
Maldoror is gone
Urging, urging, Maldoror
The urge to destruction, Maldoror
They found golden chariots, Maldoror
The sun went black
The moon it bled
Maldoror is dead
Maldoror
The streets are covered, Maldoror
The little girl falls
She cracked her head, Maldoror
The sun went black, Maldoror
Maldoror is dead
Maldoror, he is gone
The train stops in the heart
Of Europe’s iron gut
Maldoror is dead
Where to now, Maldoror?
Where do we go, Maldoror?

The bells are tolling, Maldoror
For your funeral pyre, Maldoror
They say you’re dead
They say you’re gone
Maldoror is dead
Maldoror is dead
Maldoror is dead
Maldoror is dead
Little brick
Maldoror is gone
Buried there, Maldoror
You are dead
The churches crumble, Maldoror
The sun has cracked
The steeple tumbles down
The steeple tumbles
Like you, Maldoror
Maldoror
Maldoror
Maldoror
Buried in the soil, Maldoror
The clock struck backwards, Maldoror
The houses crumble, Maldoror
The waters part, Maldoror
Become a tree
Become a man
Turn into stone, Maldoror
Maldoror
The black angel weeps
The waters part
Maldoror
Maldoror
Maldoror
All fall down
Dead

1997 est marqué par la sortie de l’album Horsey, sorte de compilation qui réunit des morceaux écrits depuis quelques années mais jamais rendus publics. Sur les six titres proposés, deux font référence à Maldoror tout en faisant partie d’une série plus large qui s’étale sur d’autres albums : Broken Birds Fly I (Maldoror Waits) et Broken Birds Fly II (Maldoror Wails). Il s’agit de titres enregistrés lors d’un concert à Shizuoka, au Japon, que le site Guts Of Darkness décrit comme « une montée organique malsaine qui s’enfle, s’intensifie et se noircit comme un ciel menacé par l’orage[8]. » Sur fond de guitares lancinantes et hypnotiques, le rythme s’accélère et s’emporte, les guitares crissent et saturent mais n’explosent pas vraiment, faisant monter la tension pour mieux envoûter l’auditeur. Il s’agit à nouveau d’une folk apocalyptique expérimentale, sans chœurs là non plus, mais avec des textes susurrés d’une voix inquiétante qui nous décrivent Maldoror attendant dans le noir et pleurant pour l’humanité :

Cut the wind
I see broken birds fly
I hear dead children sing
The wind moves again
And when she awakens
She shall shout
« Thalassa »
On all sides
Broken birds soar
The waves move
The sound does not diminish
The sound shall not diminish
The crops shall cease
Life-stirrer
Life-begetter
Mother
Light-giver
Father
Light-bearer
And where is the eagle?
He has gone
And where is the sun?
He too has gone
And where too is the children’s laughter?
This too is gone.
Where love and beauty?
It is taken
And where now the blackbird?
She is silent
And something for the harvest
Something comes for the harvest
And black water only
Black water
Bracken
I see the ruins now
In the heart of the city.
Lost
In the heart of the master
Lust
And where is the nature of man?
This is dead.
And where in the sea?
And where in the earth?
And where in the sky?
And where in the heaven?
And where in the hell?
That we have built us?
Is raped and razed
Is snatched and scorched
Is taken from all
That I once said is « mine »
And where is the purity?
This too has been raped
Blood on the altar of the innocents
Slaugter for its own sake
Slaughter of the innocents
They are lost in carnage
Not of their own making
At the back of my mind too
Where is my youth?
And this too is taken
Where the corn
Grows fresh in the heart
Of the night
No gods arise now
We have lost our faith
We have lost our face
And who laughs?
Who prays?
Who calls on the most high?
Where is the flight of the eagle?
This is gone
And where has this led us?
Nowhere
Nothing
Dissolution beckons
Call once
Call twice
Fall again
Make sharp the sound of the bowing
The breaking and burning
Christ is before me
Christ is behind me
Christ to my left
And Christ to my right
And all around me
He blazes in glory
The world turns
And Maldoror cries
He cries in the darkness
He waits at the crakcs
The red cunt of time
And I wait for him too
To take me to the house and the harvest
Where the children wait
Where silence scrams
Immaculate red phases
The bloody spasm of time
He waits in the darkness
He burns in the heart
He said it was finished
He said it had died
But Maldoror waits
In the back hole of time
The black cunt
He waits in the darkness for me
He waits in the darkness
For all of us
The black split
Scratch red sound
That breaks the night
He waits at the black heart
The black cunt of time
Maldoror waits

 

Cette même année, Current 93 sort un vinyle contenant deux enregistrements de pistes live de concerts de 1983. A l’intérieur du CD, David Tibet explique que pendant une brève période à leurs débuts, le groupe se rebaptisa provisoirement Dogs Blood Order. C’est au cours de deux concerts qu’ils interprètent les deux morceaux proposés ici : celui du 21 juin 1983 à Camden et celui du 6 octobre 1983 à Hammersmith. Le son est d’excellente qualité. Maldoror Is Dead est particulièrement aboutie, la piste est cette fois étendue à 30:31 minutes et constitue certainement la meilleure version disponible. L’autre piste porte le nom de Maldoror Ceases To Exist, énième variation autour d’un titre qui n’en finit pas de prédire le décès du renégat à la figure fuligineuse. Longue de 10:28 minutes, elle reprend les chants grégoriens et la plupart des éléments qui composent Maldoror Is Dead, mais ajoute quelques boucles, des samples et des sons nouveaux. Le livret de l’album nous apprend en outre que la pochette, signée Steven Stapleton, est une pièce intitulée Maldoror Is Dead.

Dans les années suivantes, Current 93 expérimente d’autres choses, prenant parfois comme inspiration d’autres sources littéraires. Si de nouvelles versions de leur Maldoror n’apparaissent pas, le morceau demeure tout de même l’un de leurs classiques, comme en témoignent les nombreuses rééditions : Ach Golgotha (Maldoror Is Dead) apparaît sur la compilation Calling For Vanished Faces, et en 2002, l’EP Maldoror Is Dead réunit trois versions : le Maldoror Est Mort de Mi-Mort, le Maldoror Is Dead de Nature Unveiled et le Maldoror Is Ded Ded Ded de Emblems : The Menstrual Years. Contrairement à ce que prétend le livret de cet EP, toutes les versions ne sont pas réunies ici.

En 2010, la compilation Unreleased Rarities Volume I propose encore une version live de Maldoror Is Dead (Bruxelles 1984), et le bootleg Maldoror Is Dead retranscrivant l’interprétation du morceau à Moscou le 30 septembre 2007 vient confirmer que le titre, même s’il n’a plus été retouché depuis, n’a jamais quitté le répertoire du groupe. La pochette reprend d’ailleurs un passage de la fin du Chant premier.

Signalons enfin, avant de quitter David Tibet et son groupe Current 93, que l’esthétique du groupe se veut résolument ésotérique : elle s’inspire volontiers de Faust, des textes d’Aleister Crowley ou de relectures occultistes de passages bibliques. La lecture de Maldoror qui est proposée n’a donc aucune prétention scientifique, si ce n’est du côté des sciences parallèles[9]

 

Maldoror gothique – Chants of Maldoror

Le groupe italien de métal gothique mâtiné d’electro Chants of Maldoror n’a pas fait qu’emprunter son nom au héros de Lautréamont. Sur leur album Thy Hurting Heaven de 2000, la piste qui ouvre le CD n’est autre que la mise en musique de la strophe X du Chant premier (First Hymn, Strophe X). Il s’agit d’une intro où la voix du chanteur récite quelques paroles tirées du livre de Lautréamont, tandis qu’un bourdonnement assourdissant s’amplifie jusqu’à ce que l’album ne démarre réellement. Le passage est le suivant :

Oui, je vous surpasse tous par ma cruauté innée, cruauté qu’il n’a pas dépendu de moi d’effacer. Est-ce pour ce motif que vous vous montrez devant moi dans cette prosternation? ou bien, est-ce parce que vous me voyez parcourir, phénomène nouveau, comme une comète effrayante, l’espace ensanglanté? (Il me tombe une pluie de sang de mon vaste corps, pareil à un nuage noirâtre que pousse l’ouragan devant soi). Ne craignez rien, enfants, je ne veux pas vous maudire. Le mal que vous m’avez fait est trop grand, trop grand le mal que je vous ai fait, pour qu’il soit volontaire. Vous autres, vous avez marché dans votre voie, moi, dans la mienne, pareilles toutes les deux, toutes les deux perverses. Nécessairement, nous avons dû nous rencontrer, dans cette similitude de caractère; le choc qui en est résulté nous a été réciproquement fatal.

Par la suite, le groupe sortira un troisième album en 2005, conservant son nom maldororien, mais sans adapter pour autant de nouveaux extraits des Chants.

Maldoror, gothique de par le monde

On peut relever encore bon nombre de projets reliant Les Chants de Maldoror à la scène goth. Ce n’est pas sans surprise que l’on constate que les Poésies sont totalement ignorées par ces artistes, qui préfèrent la noirceur romantique des hymnes de Maldoror.

Le trio d’artistes multimédia Anti-Delusion Mechanism, formé à Amsterdam et composé de Dead Fish Fuck, Hodja Hog et Villbjørg Broch, a composé en 2003 un album intitulé Songs of Maldoror. Le site officiel[10] donne plusieurs documents d’archive qui montrent que le projet a visiblement débouché sur une série de concerts. Musicalement, il s’agit de dark ambient, dans la lignée des expérimentations vocales de Diamanda Galas. Encore une fois, le texte d’Isidore Ducasse donne lieu à des sonorités étranges sur lesquelles viennent se poser des voix inquiétantes.

La tracklist fait elle aussi référence à plusieurs passages du livre :

  1. Hog
  2. Falmer
  3. I Still Exist
  4. Sought A Soul
  5. Maldoror (live in Illuseum)
  6. Creator
  7. Hermaphrodite
  8. Mathematics

Les textes sont soit des citations littérales d’une traduction anglaise du texte, soit des réécritures à partir du livre. Le packaging de l’album est particulièrement soigné : photos, dessins, les Anti-Delusion Mechanism jouent effectivement sur les différents médias et supports pour nous faire pénétrer dans leur univers bizarre.

Une recherche sur le groupe italien Thee Maldoror Kollective nous en dit long sur ce groupe de black metal converti à l’indus avant-gardiste. Formée en 2001, c’était au départ une formation jouant, comme beaucoup de groupes de black metal, sur le folklore celtique et scandinave. Avec leur deuxième album, le groupe évolua vers des sonorités plus industrielles et ambient, quitte à parfois adopter des rythmes dansants EBM un peu plus commerciaux. Le groupe se revendique également d’une tradition occultiste, sataniste et sethianiste. Ici, on est plus proche de groupes comme Rammstein et Nine Inch Nails. A notre connaissance, à part le nom du groupe, il n’y a pas de références explicites à Maldoror dans le travail plus futuriste et science-fiction de Thee Maldoror Kollective.

Toujours dans le registre de l’EBM, cette sorte de croisement entre la dance et l’électro goth, le groupe allemand Krankheit Der Jugend a pour chanteur un certain… Maldoror. Un autre groupe allemand, Twilight Ritual, fut fondé en 1995 par DJ Kronstadt et par… Maldoror, avec pour but de produire une sorte de musique indus mâtinée de disco. Dans un autre registre, le chanteur du groupe canadien Skinny Puppy, Nivek Ogre, avoue pour inspiration de ses premiers textes Les Chants de Maldoror. Skinny Puppy est aujourd’hui reconnu mondialement comme l’un des meilleurs groupes d’electro-indus.

Une chanson du groupe britannique Bauhaus, reconnu comme un pionnier du rock gothique dans les années 80, fait référence à l’œuvre de Lautréamont. Sur The Three Shadows, extraite de leur album de 1982 The Sky’s Gone Out, on peut entendre la voix très profonde de Peter Murphy déclamer :

I hold the fresh pink baby with a smile

I slice off those rosy cheeks because I feel so thirsty

Le metal sait aussi s’inspirer de Maldoror. Le groupe de black metal allemand Secrets of the Moon a intitulé l’une des pistes de son album Privilegivm, paru en 2009, I Maldoror, remarquable par la présence épique de lourdes guitares électriques.

Toujours en Allemagne, le groupe de metal expérimental The Ocean a déclaré s’être largement inspiré des Chants de Maldoror pour leur album Precambrian. Sorti en 2007, il fait intervenir plusieurs invités d’honneur, parmi lesquels l’Orchestre Philharmonique de Berlin. Il s’agit d’un album concept qui fait référence à une période de la formation de la Terre. Si le disque 1 est plutôt metal, le second inclut des éléments d’électro et des morceaux symphoniques. Sur le premier album, deux morceaux tirent en effet leurs textes de l’œuvre de Lautréamont : Mesoarchean (Legions of Winged Octopi) et Neoarchean (To Burn the Duck of Doubt). Sur le deuxième album, la piste Rhyacian (Untimely Meditations) puise ses textes à la fois chez Ducasse et chez Nietzsche. Les autres sources d’influence sont Baudelaire et Trackl. Les textes, cependant, seront difficilement reconnaissables pour le bibliophile peu habitué au chant typique du black metal. Extrait 1, extrait 2, extrait 3.

Enfin, le groupe italo-slovénien Devil Doll s’est également nourri des Chants, qu’ils citent parfois directement dans les textes de leur album Dies Irae de 1996. Ici, voix de cantatrice et chant metal s’entrecroisent sur des mélodies gothiques très théâtrales et lyriques où orgue, piano, violons et clavecins rencontrent des sonorités plus électro. Les morceaux sont nommés « Part 1 » à « Part 18 » et Maldoror n’est pas le seul intertexte convoqué : Edager Poe, Emily Brontë et Emily Dickinson contribuent également à instaurer cette atmosphère gothique.

Terminons cette section en mentionnant le groupe de rock alternatif portugais Mão Morta, difficile à classer en raison de leurs influences death rock, noise et post-punk. En 2007, le groupe présenta un spectacle mélangeant musique expérimentale, théâtre, vidéos et déclamation, le tout basé sur le livre de Ducasse. Ils en tirèrent un album sobrement intitulé Maldoror.

Les textes sont en portugais, mais semblent directement puisés chez Lautréamont. La tracklist de l’album laisse deviner à quelles strophes il est fait référence :

CD1 :

  1. O Herói (pt. 1)
  2. O Herói (pt. 2)
  3. A Maldade
  4. A Prostituição
  5. A Menina
  6. O Naufrágio
  7. A Cópula
  8. A Poesia

CD2 :

  1. A Porcaria
  2. O Sonho
  3. O Escaravelho
  4. O Pederasta
  5. O Belo
  6. A Poção
  7. O Herói (pt.1) instrumental

On pourra visionner des extraits live du Maldoror de ce groupe sur les chaînes youtube suivantes :

https://www.youtube.com/watch?v=kwB9octlwBg&list=PLAC784B5989376DBB

https://www.youtube.com/user/pedroino/videos

 

Maldoror, gothique en France

            Le compositeur parisien multi-instrumentaliste KC a également sorti un album, en 2003, intitulé Les Chants de Maldoror. Pour cette première production, il s’agit de metal atmosphérique gothique aux compositions progressives inspiré par le livre controversé de Ducasse. La musique est instrumentale : guitares saturées et batterie électronique pesante soutiennent des compositions sombres qui tentent de retranscrire une lecture très noire des Chants de Maldoror. L’album peine cependant à séduire : la musique est lourde et parfois très répétitive et l’on peine à se laisser porter réellement par le projet de KC.

  1. Les Quatre Points de l’horizon
  2. Sépulcre mouvant
  3. Le Crabe de la débauche
  4. Déviation anormale
  5. Atonie encéphalique
  6. La Folie n’est qu’intermittent

 

Dans un tout autre registre, le groupe de black metal français Peste Noire a enregistré une curieuse (et assez inaudible) piste intitulée Extrait des Chants de Maldoror présente sur la compilation Mors Orbis Terrarum. Contrairement à ce qu’indique le titre, il ne s’agit nullement d’un extrait. Voici le texte :

Au rebours du sens commun, du sens moral, de la raison, de la nature, telle est cette musique qui coupe comme un rasoir, mais un rasoir empoisonné, sur les platitudes ineptes et impies d’une société putréfiée de matérialisme. La secte Peste Noire est l’émanation d’une âme malade d’infini dans une société qui ne croit plus qu’aux choses finies. Arrivé à la dernière limite que les sensations puissent atteindre, et toujours affamé de sensations nouvelles. Prendre la vie à rebours est le seul parti qu’il leur reste pour y trouver quelque goût et quelque saveur. Et ils le prennent, ce parti de la vie à rebours, ils le prennent avec cet hymne baudelairien empli de fiel.
Le mort joyeux!

Peste Noire est un groupe qui cultive un univers médiéval et puise abondamment son inspiration dans la littérature et la poésie française (Antonin Artaud, François Villon, Christine de Pisan). Le groupe, dont la devise est « Au sublime par le putride, au spirituel par l’immondice », et les thèmes nationalistes abondent dans ce que le fondateur du groupe, Famine, qualifie de « satanisme boyscout ». Pour servir ses théories réactionnaires, Peste Noire incorpore volontiers des instruments médiévaux dans ses compositions. Finalement, si Ducasse était un réactionnaire, c’est peut-être dans ces textes anarchistes de droite qui fustigent la décadence de la France contemporaine sur un mode grotesque qu’il aurait pu retrouver son héritage le plus fidèle !

Enfin, au sortir de la révolution punk, le groupe français Die Form, fondé en 1977, s’imposa rapidement comme une excellente formation indus et électro. Sur leur compilation de 1991, Archives et Documents II, on trouve une référence à Maldoror :             la première piste du CD 2 est intitulée Maldoror (Chant Troisième). Pour autant, c’est un morceau instrumental, si l’on fait exception des sortes de bruits de chiens que l’on entend vers la fin.

 

Maldoror à l’avant-garde, encore – Mike Patton et Merzbow

Mike Patton, génie de la musique des années 1990, à mi-chemin entre le metal alternatif et les expérimentations les plus bizarres, reconnu pour la plasticité de sa voix, capable de s’adapter à tous les styles – crooner, falsetto, opéra, growl death metal, rap, scat, beatbox – se lance en 1999 dans un nouveau projet parallèle. Patton a débuté au lycée avec le groupe de metal expérimental Mr.Bungle, dont le répertoire va aussi bien du funk metal au death metal. A la fin des années 1980, il rejoint Faith No More et connaît le succès commercial avec l’album The Real Thing et son hit Epic, diffusé en boucle sur MTV au cours de l’année 1990. Hyperactif, reconnu comme l’un des maîtres de la nouvelle génération metal, Patton multiplie dès lors les projets parallèles : fondation d’un troisième groupe, Fantômas, albums solos parfois a capella, collaborations diverses (John Zorn, Sepultura)… Enfin, il s’associe à l’artiste japonais Merzbow, musicien bruitiste expérimental actif depuis 1979 et considéré comme l’un des grands noms de la scène bruitiste japonaise.

Entre free jazz, rock progressif et musique psychédélique, Merzbow s’inspire largement des expérimentations bruitistes de Throbbing Gristle, le groupe de Genesis P-Orridge avec qui il a d’ailleurs collaboré. Si Merzbow touche parfois à des instruments, la plupart de ses expérimentations reposent sur des boucles synthétisées et sur des bruits électroniques obtenus par l’utilisation des technologies numériques. Merzbow doit son pseudonyme au Merz de Kurt Schwitters, qui repose sur la récupération et le recyclage de matériaux. Il propose une musique abstraite et rarement harmonieuse, donc forcément déconcertante.

Réunis sous le pseudonyme Maldoror, la collaboration de ces deux pionniers de la musique expérimentale prend la forme d’un album intitulé She. Il s’agit de noise musique (de la musique électronique qui ne respecte aucun rythme), composée de collages de sons sur lesquels ont été posés des cris et grognements de Mike Patton. Le résultat, d’une durée de 36 minutes, est un album cacophonique cherchant à provoquer une dysharmonie qui rend l’écoute difficile. Pourquoi le pseudonyme de Maldoror ? On connaît le succès de ce livre au Japon. Quant à Mike Patton, il est un grand amateur du mouvement surréaliste, il connaît donc bien celui que Breton plaçait au-dessus de tous. De ces collages sonores délirants, on retient une ambiance fort malsaine, mais trop abstraite pour figurer à proprement parler une adaptation des Chants. La pochette de l’album, avec son rose et ses dessins doucement obscènes, invitent à une rêverie érotique qui risque bien de tourner au cauchemar.  On pourra écouter l’album ici .

Maldoror à l’avant-garde, toujours – Erik Friedlander

En 2003, le violoniste d’avant-garde Erik Friedlander s’empara du livre de Ducasse pour servir de support à ses improvisations musicales. L’album, simplement appelé Maldoror, fut enregistré à Berlin et contient dix pistes uniquement au violon. Les titres des pistes sont parlants :

  1. May It Please Heaven
  2. One Should Let One’s Fingernails Grow
  3. The Wind Groans
  4. O Stern Mathematics
  5. The Palace of Pleasures
  6. Here Comes the Madwoman
  7. I Am Filthy
  8. Flights of Starlings
  9. He Contemplates the Moon
  10. A Sewing-Machine and an Umbrella

Les critiques rendant compte de l’album sur Internet présentent toutes Les Chants de Maldoror comme une œuvre surréaliste : c’est visiblement la lecture qu’en a fait Friedlander lorsqu’il compose son jazz instrumental d’avant-garde. L’enregistrement en lui-même fut d’ailleurs le fruit d’une expérience : le producteur Michael Montes a soumis au violoniste dix passages des Chants, lui laissant une heure à chaque fois pour composer une réponse inspirée de sa lecture. Le résultat fut enregistré directement et figure tel quel sur l’album. On pourra se rendre sur le site dustedmagazine[11] pour lire une critique, plutôt assassine, de l’album, expliquant en quoi, selon Charlie Wilmoth, ce disque constitue une mauvaise bande-son à une lecture des Chants. Nous laissons au lecteur le soin d’en décider.

Pour écouter l’album

Hubert Félix Thiéfaine

Revenons vers un format musical plus traditionnel, celui de la chanson. Célèbre pour ses textes poétiques d’inspiration surréaliste, Hubert Félix Thiéfaine proposa en 1982, sur son cinquième album intitulé Soleil Cherche Futur, un morceau appelé à devenir l’un de ses classiques puisqu’il allait par la suite figurer sur tous ses lives et toutes ses compilations. Les Dingues et les Paumés fait référence à Lautréamont parmi d’autres : dans ce texte très littéraire, Baudelaire, Hölderlin et quelques autres sont convoqués pour évoquer le thème de la folie et des hallucinations par un réseau d’images saisissantes. La musique, envoûtante et hypnotique malgré une certaine froideur, contribue à donner une tonalité bizarre à l’ensemble.

Les dingues et les paumés jouent avec leurs manies
Dans leurs chambres blindées leurs fleurs sont carnivores
Et quand leurs monstres crient trop près de la sortie
Ils accouchent des scorpions et pleurent des mandragores
Et leurs aéroports se transforment en bunkers
A quatre heures du matin derrière un téléphone
Quand leurs voix qui s’appellent se changent en revolvers
Et s’invitent à calter en se gueulant come on

Les dingues et les paumés se cherchent sous la pluie
Et se font boire le sang de leurs visions perdues
Et dans leurs yeux mescal masquant leur nostalgie
Ils voient se dérouler la fin d’une inconnue
Ils voient des rois fantômes sur des flippers en ruine
Crachant l’amour-folie de leurs nuits métropoles
Ils croient voir venir Dieu ils relisent Hölderlin
Et retombent dans leurs bras glacés de baby-doll

Les dingues et les paumés se traînent chez les Borgia
Suivis d’un vieil écho jouant du rock’n’roll
Puis s’enfoncent comme des rats dans leurs banlieues by night
Essayant d’accrocher un regard à leur khôl
Et lorsque leurs tumbas jouent à guichet fermé
Ils tournent dans un cachot avec la gueule en moins
Et sont comme les joueurs courant décapités
Ramasser leurs jetons chez les dealers du coin

Les dingues et les paumés s’arrachent leur placenta
Et se greffent un pavé à la place du cerveau
Puis s’offrent des mygales au bout d’un bazooka
En se faisant danser jusqu’au dernier mambo
Ce sont des loups frileux au bras d’une autre mort
Piétinant dans la boue les dernières fleurs du mal
Ils ont cru s’enivrer des Chants de Maldoror
Et maintenant ils s’écroulent dans leur ombre animale

Les dingues et les paumés sacrifient don Quichotte
Sur l’autel enfumé de leurs fibres nerveuses
Puis ils disent à leur reine en riant du boycott
La solitude n’est plus une maladie honteuse
Reprends tes walkyries pour tes valseurs maso
Mon cheval écorché m’appelle au fond d’un bar
Et cet ange qui me gueule viens chez moi mon salaud
M’invite à faire danser l’aiguille de mon radar

 Le morceau était encore joué sur la dernière tournée .

Noir Désir

En 1989, Bertrand Cantat et son groupe sont en train de s’imposer peu à peu comme le nouveau symbole d’une adolescence française en révolte. Sur leur deuxième album, Veuillez rendre l’âme à qui elle appartient, la chanson Les Ecorchés pose le chanteur en rebelle à la sensibilité exacerbée. Lautréamont est convoqué comme une influence pressante :

Emmène-moi danser
Dans les dessous
Des villes en folie
Puisqu’il y a dans ces
Endroits autant de songes
Que quand on dort
Et on n’dort pas
Alors autant se tordre

Ici et là

Et se rejoindre en bas
Puisqu’on se lasse de tout
Pourquoi nous entrelaçons-nous ?

Pour les écorchés vifs
On en a des sévices

Allez enfouis-moi
Passe-moi par dessus tous les bords
Mais reste encore
Un peu après
Que même la fin soit terminée
Moi j’ai pas allumé la mèche
C’est Lautréamont
Qui me presse
Dans les déserts
Là ou il prêche
Ou devant rien
On donne la messe
Pour les écorchés
Serre-moi encore
Étouffe-moi si tu peux
Toi qui sais ou
Après une subtile esquisse
On a enfoncé les vis…

Nous les écorchés vifs
On en a des sévices.

Oh mais non rien de grave
Y a nos hématomes crochus qui nous
Sauvent
Et tous nos points communs
Dans les dents
Et nos lambeaux de peau
Qu’on retrouve ça et là
Dans tous les coins
Ne cesse pas de trembler
C’est comme ça que je te reconnais
Même s’il vaut beaucoup mieux pour toi
Que tu trembles un peu moins que moi.
Emmène-moi, emmène-moi
On doit pouvoir
Se rendre écarlates
Et même
Si on précipite
On devrait voir
White light white heat
Allez enfouis-moi
Passe-moi par dessus tous les bords
Encore un effort
On sera de nouveau
Calmes et tranquilles
Calmes et tranquilles
Serre-moi encore
Serre-moi encore
Etouffe-moi si tu peux…
Serre-moi encore

Nous les écorchés vifs
On en a des sévices
Les écorchés vifs
On les sent les vis

Sur cet album, qui convoque aussi Maïakovski et révèle la sensibilité poétique de Bertrand Cantat, le single Aux Sombres Héros de l’Amer va révéler le groupe au grand public et asseoir sa notoriété sur la décennie qui s’ouvre. Le single suivant sera justement Les Ecorchés. Devenu un classique du répertoire de Noir Désir, il sera régulièrement joué en live et parfois largement transformé en versions alternatives.

En 2007, le groupe Eiffel, proche de Noir Désir et souvent comparé à la formation de Bertrand Cantat, intégra dans sa chanson Bigger Than The Biggest, issue de l’album Tandoori, une citation très discrète tirée des Poésies d’Isidore Ducasse :

On portera les croix
De la pensée unique
Absorbés par l’éponge du créneau lobbycratique
Pour voir la vie en rose
Du haut des villes en bleu
Se faire tailler des bavures, sécuritaires, parbleu
Non, toi pas fâché
Juste fasciste
Fou du roi sur un grand échiquier de troufions Quo vadistes
Il est temps de réagir enfin
Contre ce qui nous choque
Nous envaseline et nous courbe si souverainement
Les quintes sardoniques
Des bâtisseurs d’empires
Ou les veules charabias des pontifes du moment
Commis d’office
Au commerce inéquitable
Tant des nombres incalculables de dés sont pipés
Dites n’importe quoi
Mais dites le bien
Bradons Dieux à plus offrant sur petite planète affamée

 

Maldoror, etc.

L’influence de Maldoror sur la musique rock est manifeste. Le rockeur gothique américain Marilyn Manson, dans sa grandiloquence, utilisa dans son autobiographie Mémoires de l’Enfer une citation des Chants pour épigraphe :

J’établirai dans quelques lignes comment Maldoror fut bon pendant ses premières années, où il vécut heureux ; c’est fait. Il s’aperçut ensuite qu’il était né méchant : fatalité extraordinaire ! Il cacha son caractère tant qu’il put, pendant un grand nombre d’années ; mais, à la fin, à cause de cette concentration qui ne lui était pas naturelle, chaque jour le sang lui montait à la tête ; jusqu’à ce que, ne pouvant plus supporter une pareille vie, il se jeta résolument dans la carrière du mal… atmosphère douce ! Qui l’aurait dit ! lorsqu’il embrassait un petit enfant, au visage rose, il aurait voulu lui enlever ses joues avec un rasoir, et il l’aurait fait très-souvent, si Justice, avec son long cortège de châtiments, ne l’en eût chaque fois empêché[12].

En 2012, j’ai eu l’occasion d’interroger Marilyn Manson sur Lautréamont, il m’a confirmé bien connaître ce livre, même s’il s’est davantage inspiré des Fleurs du Mal de Baudelaire. Dans son entourage, Maldoror est une œuvre bien connue, même si l’on ne voit pas d’influence concrète sur sa musique ou son esthétique. Ainsi, l’artiste Nick Kushner était au départ un fan de Marilyn Manson, à qui il a consacré l’encyclopédique site d’analyse The Nachtkabarett[13], devenu par la suite le forum officiel du groupe. Devenu le protégé de Manson, Nick Kushner a débuté une carrière de blood painter qui lui a valu une petite notoriété sur la scène alternative américaine. Les toiles de Kushner sont peintes avec son propre sang, avec du sang menstruel ou avec du sang d’animal. La toile la plus célèbre de Kushner s’intitule Maldoror (Satan Seated On His Throne)[14] :

Ce poulpe au regard de sang a par la suite été sélectionné pour figurer la couverture d’une édition russe des Chants de Maldoror[15].

Il faudrait encore creuser l’influence que Lautréamont a pu avoir sur certains groupes rock français à l’imaginaire noir, comme par exemple Daniel Darc ou bien le mystérieux Alain Kan, dont le parcours de vie, fait de reniements successifs et de radicalisations progressives, s’est achevé par une disparition mystérieuse et prématurée, faisant de lui une sorte de Rimbaud du rock. L’emphase confinant parfois au grotesque de certains textes d’Alain Kan, ainsi que ses délires hallucinatoires, laissent à penser qu’une lecture de Maldoror pourrait avoir fortement influencé ses textes. Pour Rimbaud, il n’y a guère de doute : le poète de Charleville est cité dans Orphélie. J’ai pu interroger la nièce du chanteur, Lucie Bevilacqua, au sujet du manuscrit d’un livre qu’Alain Kan espérait publier et qui reste à ce jour inédit : l’influence de Rimbaud est explicite, celle de Lautréamont en revanche n’est pas apparente.

Si l’on sort de la grande famille du rock et de toutes ses sous-divisions, l’influence de Lautréamont est encore palpable. Le chanteur à la voix cassée et à l’univers torturé Philippe Léotard fit une lecture de la strophe « Je suis sale », non pas, comme on peut le lire sur Internet, pour l’album Je rêve que je dors, mais bien plus tardivement.

Un rappeur strasbourgeois répondant au pseudonyme de Dooz Kawa évoqua également Maldoror dans son titre Do ré mi, présent sur l’EP Message aux anges noirs. Maldoror est une de ses lectures favorites.

Ici, il existe toujours un espoir
Et si pour quitter la nuit j’enlevais mes lunettes noires
Et si les sentiments se bousculent du crépuscule à l’aurore
Et si le chant du cygne remplacent les chants de Maldoror
Tout repartirait à zéro
Do si la sol fa mi ré do

            Enfin, dans le domaine de la variété française, Hervé Vilard composa comme face B de son single de 1981 Va pour l’amour libre une chanson intitulée A Maldoror. Les paroles, sans lien apparent avec le chef-d’œuvre littéraire de Ducasse, laissent perplexe :

Te revoir

Juste une heure

Un soir

Arriver chez toi par hasard

Et te dire simplement bonsoir

Oh te revoir

Pour changer l’histoire

Mélanger le rouge et le noir

Te donner le signe du départ

Mais ne pas y croire

A Maldoror

Les champs de blé sont plus d’accord

L’amour n’y reviendra plus

A Maldoror

Les châteaux se souviennent encore

Illusion perdue

Quand l’amour n’est plus

Un espoir

Inutile espoir

Au moment d’adieu dans les gares

J’ai bien vu pleurer les foulards

Oh te revoir

Juste quelque part

Entre solitude et miroir

Vouloir à tout prix te vouloir

Mais ne pas y croire

A Maldoror

Les champs de blé sont plus d’accord

L’amour n’y reviendra plus

A Maldoror

Les châteaux se souviennent encore

Illusion perdue

Quand l’amour est mort

Oh comme je t’aime

J’ai crié sur les Champs-Elysées

Bousculé par les gens pressés

J’aurais aimé te retrouver

Et te revoir

J’ai juré, j’ai crié, hurlé

Attendu que tu reviennes

Même les bancs se souviennent

Oh te revoir

Ce petit tour d’horizon des chansons inspirées par la prose de Ducasse n’est évidemment pas exhaustif. Dans l’article déjà cité où il se livrait à un inventaire de Maldoror en musique[16], Michel Pierssens évoquait également un label, Maldoror Records, basé à New York et à Montréal, sur lequel l’artiste Monty Cantsin faisait paraître ses performances. Qu’on me permette de mettre à jour cette information : une recherche sur le site discogs.com[17] révèle quatorze labels portant le nom de Maldoror, parmi lesquels celui de Current 93, Live At Bar Maldoror. On trouve également dix-huit artistes dont le nom est ou comporte Maldoror, la plupart étant des groupes de black metal parfois obscurs. Enfin, cette même recherche donne cent cinquante-quatre morceaux avec Maldoror dans le titre. La recherche est fastidieuse et les productions très inégales, aussi arrêterons-nous là notre parcours. Et ceux qui seraient lassés par toutes ces relectures de l’œuvre d’un certain Lautréamont pourront se tourner vers une compilation assez rare sortie en 2002 sur le label espagnol Stereoskop Records, qui avait le mérite, fort rare, de s’intituler sobrement Ducasse et qui contient des morceaux variés sur le thème de Maldoror. En voici le contenu :
[http://bit.ly/1B0eoxk]

CD1

1. Luna In Caelo – Simple Mujer
2. Ostara – Bavaria
3. Ataraxia – Arcana Eco
4. Circe – Je t’envie Maldoror
5. Hekate – Erdenwandel
6. El Luto Del Rey Cuervo – El Sastracillo
7. Ô Paradis – Un Canto Más
8. Gor – Fraternitas
9. Sieben – Maldoror
10. Pfrenz-C – Beautifully Grotesque
11. Oscar Martin – Otra Absenta Sin Ti
12. Steven Severin – Mal d’Aurore
13. In Gowan Ring – On Bank Of The Silvery Brook
14. Kutna Hora – Oratorium
15. Traje De Saliva – Las Casas Malas

CD2

1. IPD – Via Lisérgica
2. Fang – Po
3. Morpheus – Beautiful Lover
4. Proyecto Mirage – Agony
5. Not Delicious – Aurore
6. Stereoskop – Wake Up
7. Vadim Tudor – Mande? (v.01)
8. HIV+ – Burn Addict
9. Ripterm – Maldoror: Chant 2 (Jivanmukti)
10. Plagiarism Is Art – Conturbenio Y Tabla De Embutidos Ibéricos
11. Reutoff – A Hair

Le livret du CD contient ce texte:

In this world of invisible domination and clean death, we, the spirits of illness, pray to our gods through the only way which is possible today : poetry. So, this is the moment for opening our veins to the writer of one of the best “novels?” ever written, Les Chants de Maldoror, Isidore Ducasse (1846-1870), le Cont [sic] de Lautréamont (?-1870), one example of passion for the extraordinary power of words in life, enjoying the searching for the darkness and, at the same time, killing the history of literature, developing a reality more real than the material world. Les Chants de Maldoror is the the perfect example of the pure decay verse, a torment vision for the reader who needs more than a story. Maldoror reflects in some way something new and unknown, impossible to define, and that transforms forever your conceptions and ideas of this world made of plastic and emptiness.

Betraying him, we, in the cultural association “Los Cantos de Maldoror”, a Spanish factory of impossible projects, have taken the heritage of his love for the deep black holes, this abyss where we like do our job through different acts like the Maldoror magazine, Arcana Europa Festival, parties, concerts, poetry readings…, and now, this collection of songs dedicated to the man that has insulted the whole universe. This bands and projects, friends and people that we like and love, have written each one of them a line that forms a poem that transmits something that has the fragrance of a real story, the story around a Spanish fountain of cold dream that fires the love for the night, the moon and death. Thanks to the bands, to Europe, to you and to him. See you at the inferno.

La compilation est assez variée, elle comprend de nombreuses pistes instrumentales qui oscillent entre le rock progressif et l’ambient plus expérimentale et gothique. Certains morceaux sont atmosphériques, d’autres plus bruitistes. Certains enfin semblent s’être trompés de compilation, comme ce Bavaria de Ostara dont, faute de paroles dans le livret, nous ne voyons pas le lien direct avec Maldoror, ou cette hymne à Zarathoustra. Dans l’ensemble, les compositions sont plutôt intéressantes et de qualité. Exemple de beauté insoupçonnée que cache cette compilation méconnue, la complainte au piano Je t’envie Maldoror, par Circé :

Le premier CD est peut-être le plus accessible, avec des morceaux au format chanson avec couplets et refrains. Dans Un Canto más, le chanteur de Ô Paradis supplie Maldoror de livrer un dernier chant.

Le deuxième CD, quant à lui, comprend des morceaux plus longs, atteignant parfois les 7 minutes, et aussi plus expérimentaux : bruits, sons indus ou vagues de synthé accompagnent parfois des titres sans paroles. On pourra écouter la piste de Ripterm, Maldoror : Chant 2, qui propose une variation autour de l’incipit « Où est passé ce Chant ? » en samplant différentes phrases extraites de Maldoror. L’album, hélas, n’a jamais été réédité et demeure assez difficile à dénicher. Avis aux collectionneurs !


 

[1] Robert Brunel, « Florent Schmitt et Lautréamont », Le Figaro, 6 mars 1930, p. 6.

[2] Michel Pierssens, « Son nom de Maldoror dans l’internet désert », Cahiers Lautréamont, 1er semestre 1997, livraisons XLI-XLII, p. 39-45.

[3] Andrea Thomas, « John Cage et Les Chants de Maldoror pulvérisés par l’assistance même », Lautréamont, L’autre de la littérature, Actes du huitième colloque international sur Lautréamont, Barcelone, 22-25 novembre 2006, Cahiers Lautréamont livraisons LXXVII-LXXX, p. 209-218.

[4] http://operademaldoror.blogspot.fr/

[5] Nous citons d’après un article, consulté en 2012,mais qui n’est plus disponible sur son URL initiale. On peut le lire ici : https://web.archive.org/web/20121125071403/http://www.henrikaeshna.com/apps/blog/tag/noise.

[6] Michel Pierssens, « Son nom de Maldoror dans l’internet désert », Cahiers Lautréamont, 1er semestre 1997, livraisons XLI et XLII, p. 39-45.

[7] Guy Darol, « Résistance électronique », 24 juin 2004. http://ml.federation-anarchiste.org

[8] http://www.gutsofdarkness.com/god/objet.php?objet=3386

[9] Pour plus d’informations sur la discographie de Current 93, on pourra consulter ce site : http://www.brainwashed.com/c93/music.php?site=c93

[10] http://www.antidelusionmechanism.org/maldoror.html

[11] http://www.dustedmagazine.com/reviews/1187

[12] Marilyn Manson et Neil Strauss, Mémoires de l’Enfer, Paris, Denoël, 2000, p. 107. L’ouvrage était paru en 1998 chez Harper Collins, New York, sous le titre The Long Hard Road Out Of Hell.

[13] http://www.nachtkabarett.com/

[14] http://www.thethirdangelsounded.com/artwork/maldoror/

[15] http://www.thethirdangelsounded.com/news/les-chants-de-maldodor-russian-edition-cover-artwork-by-nick-kushner/

[16] Michel Pierssens, op.cit.

[17] http://www.discogs.com/search/?q=maldoror

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