De Ducasse à Maldoror

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Joël, le ducassien d’Oberkampf

In Édition, Non classé on 19/10/2018 at 22:06

Bertrand Combaldieu

 

Bertrand Combaldieu poursuit sa série de portraits ducassiens. Nous donnons ici l’article qu’il consacre à Joël, propriétaire du bar Maldoror, suivi juste après d’un aperçu de la collection personnelle de ce dernier.

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Les habitués du quartier d’Oberkampf à Paris ont dû voir cette enseigne qui reflétait dans la nuit un « Maldoror » de néon rouge et bleu dans la rue du Grand Prieuré. Elle n’existe plus. Son propriétaire, Joël, et sa femme Françoise ont déménagé et il faut désormais se rendre un peu plus loin, rue Saint Maur, dans des locaux plus modestes, pour les rencontrer.

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Francoise et Joël, rue Saint Maur. © B Combaldieu

 

Comme beaucoup, Joël a lu Les Chants de Maldoror adolescent et comme quelques-uns, ils ne l’ont plus quitté. Quand il inaugure son bar-restaurant de la rue du Grand Prieuré, en 1992, un ami lui offre l’édition illustrée par Hans Bellmer. Puis ce sont des clients qui lui offrent des éditions, ou des objets se rapportant au livre. La passion, loin de s’éteindre, s’alimente jour après jour. Aujourd’hui, Joël ne possède pas moins de 250 éditions du livre de Ducasse. Nous donnerons un aperçu de cette collection plus bas. Parmi elles, une édition originale de 1874, bien sûr, achetée quai Malaquais avant l’an 2000, mais également l’édition de Genonceaux (1890), l’étude du poète uruguayen Pedro Leandro Ipuche sur Ducasse (1926), des éditions en roumain, en turc, en grec…, la traduction en Japonais par Yojiro Ishii. Et ce n’est pas tout. Il faut encore compter avec des produits dérivés de toutes sortes : tampons encreurs, sous-verres imprimés du portait par Félix Vallotton, teeshirts, plaquette de chocolat Dr. Maldoror’s…

 

 

Joël et son édition Genonceaux; l’édition de 1874; des sous-verres, tampons-encreurs et chocolats.

 

Dans son bar, le menu est orné d’une reproduction du frontispice de l’édition de De Zangen van Maldoror par le psychiatre Johan Stärcke, première traduction néerlandaise (1917).

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Cette collection et cette passion se sont aussi construites avec la complicité, discrète mais efficace, de Françoise. Elle est aussi capable de raconter des anecdotes de leur quête maldororienne. « C’est SA collection » dit-elle, mais elle sort immédiatement une liste de tous les ouvrages, articles, objets qu’ils ont savamment compilés et qu’elle semble pouvoir réciter par cœur. Et ses souvenirs de leur voyage à Montevideo en mars 2005 sont encore vivaces. « Sans le savoir, on est arrivé le jour de l’intronisation de Tabaré Vazquez, également journée des Droits de la Femme » raconte-t-elle. C’est lors de ce voyage que Joël a déniché, entre autres, son livre de Ipuche. « Je cherchais chez les libraires du côté du port, mais ils n’avaient rien sur Ducasse. Un d’eux m’a demandé de repasser le lendemain, et là, il m’a sorti une pile de livres sur le poète Uruguayen. Parmi eux cette étude de 1926 ».

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Mais Joël n’est pas seulement un collectionneur passionné. Peu de choses sur la vie et l’œuvre de Ducasse lui échappent. C’est un véritable ducassien qui entretient le feu de cette passion parallèlement à celui de son engagement politique. Car Joël le revendique clairement, « je suis un anarchiste cent pour cent. Et Maldoror est un anarchiste, surtout dans son rapport à Dieu. Je ne crois pas que Ducasse, lui, fut un anarchiste », nous dit-il après nous avoir confié sa déception concernant les Poésies qui, pour lui, vont à l’encontre des Chants de Maldoror. Les anarchistes apprécient la littérature surréaliste. « Comme Ducasse utilisait sans scrupule le plagiat, les anarchistes situationnistes détournaient les bandes dessinées dès les années 1920. Ce livre est bien connu dans les milieux anarchistes. » Joël et Françoise ne savent pas encore ce qu’ils feront plus tard de leur collection. Une chose est sûre, si vous passez au 9 rue Saint Maur à Paris, parler d’Isidore Ducasse avec Joël est le gage d’un agréable et savant moment, en buvant une bière qu’il vous faudra aller chercher vous-même dans le frigidaire de l’arrière-boutique. Son côté Ducasse sans doute !

 

Extraits de l’inventaire de la collection personnelle de Joël

Non-exhaustif. Nous signalons, dans cette liste au classement volontairement anarchique, la présence de quelques raretés et notamment d’éditions illustrées dont nous donnons, plus bas, quelques aperçus.  

  1. Les Chants de Maldoror, Paris-Bruxelles, Rozez, 1874.
  2. Les Chants de Maldoror, Paris, Léon Genonceaux, 1890.
  3. Les Chants de Maldoror, Œuvres complètes d’Isidore Ducasse, préface, notes et
    variantes par Hubert Juin, Paris, Éditions de la Renaissance, 1967.
  4. Cantos de Maldoror, sequidos de Poesias, édition portugaise, traduction de Pedro Tamen, Lisbonne, Fenda, 1988.
  5. Les Chants de Maldoror, Lausanne, Editions du Grand Chêne, Henri Kaeser, 1946, exemplaire numéroté 1459/1500.
  6. Les Chants de Maldoror, Chants I et II avec des illustrations d’Edmond Baudoin, Nice, Z’éditions, 1994.
  7. Les Chants de Maldoror, tirage limité illustré par René Magritte, Bruxelles, La Boétie, 1948.
  8. Les Chants de Maldoror, Poésies, Lettres, textes présentés et commentés par Louis Forestier, illustrations de Louis Cane, Paris, Imprimerie nationale, 1991. Un exemplaire couverture blanche, n° 2216/2800 ; un exemplaire couverture reliée plein cuir rouge, n° 559.
  9. Bertrand David, Les Kanguroos implacables du rire, Tusson, Du Lérot, 1999.
  10. Une édition russe, traduction partielle de Georgij Konstantinovič Kosikov, Moscou, Ad Marginem, 1993.
  11. Palacios, « Les Chants de Maldoror par le Comte de Lautréamont », Métal hurlant n° 77, juillet 1982.
  12. Cantos de Maldoror, illustrations de Luis Alves da Costa, Centre Culturel Portugais, 1992.
  13. Oeuvres complètes, étude, commentaires et notes de Philippe Soupault, Paris, Au Sans Pareil, 1927, avec couverture reliée, numéroté 8/325.
  14. Maldoror’un şarkıları, Poesies, mektuplar, traduction turque de Özdemir İnce, Ankara, Gece, 1989.
  15. Zpevy Maldororovy, traduction tchèque de Prokop Voskovec, Prague, Kra, 1993.
  16. Eugène Sue, Latréaumont, Paris, Garnier, 1979.
  17. Les Chants de Maldoror, suivis de Poésies, préface à un livre futur, préface de Philippe Soupault, Paris, Le Club des Libraires, 1958, exemplaire numéroté 1691/4000.
  18. Œuvres complètes, avec une préface par André Breton et des illustrations par Victor
    Brauner, Oscar Dominguez, Max Ernst, Espinoza, René Magritte, André Masson, Matta Echaurren, Juan Miro, Paalen, Man Ray, Seligmann et Tanguy, Paris, Guy Levis Mano, 1938.
  19. Les Chants de Maldoror, 20 images proposées sur des formes naturelles avec une introduction de Maurice Blanchot, Paris, Le Club français du Livre, 1963, couverture toilée, exemplaire n° 5614/7000.
  20. Œuvres complètes. Les Chants de Maldoror. Poésies. Lettres, avec une préface de
    Maurice Blanchot, Paris, Le Club français du Livre, 1950, n° 2930/3000.
  21. Diverses traductions récentes, en italien, en espagnol, en portugais, en anglais, en allemand, en hollandais…
  22. Le rapport du jury du CAPES de breton de l’année 1998, qui contenait un sujet portant sur un extrait des Chants de Maldoror
  23. Les Chants de Maldoror, avec une préface de Remy de Gourmont, Paris, La Sirène,
    1920, n° 282/1360.
  24. Les Chants de Maldoror, illustrations d’Henri Patez, Grenoble, Roissard, 2 vol., 1958, n° 765/975.
  25. Eric Verteuil, Horreur à Maldoror, roman gore paru chez Fleuve Noir, 1987.
  26. Vincent Bounoure, Les Anneaux de Maldoror et autres chapitres d’un traité des contraires, Paris, L’Écart absolu, 1999.
  27. Jeremy Reed, Invention d’Isidore Ducasse, Latitudes, éditions de la différence, 1996, traduction de l’anglais par Richard Crevier.
  28. Gérard Dole, Contes crépusculaires, Troenes, Andromède, 1984. Contient une nouvelle intitulée « Les Nuits de Maldoror ».
  29. Les Chants de Maldoror, avec illustrations de Hans Bellmer, Grafik Europa Anstalt, 1972.
  30. Scenes from Lautréamont’s Maldoror, collages par Harry O. Morris, 1983.

Photographies fournies par Joël et Françoise.

31. Maldorors Sanger, traduction norvégienne de Carl-Henning Wijkmark illustrée par Ragnar von Holten.

Photographies fournies par Joël et Françoise.

32. Sibylle Ruppert, Dessins pour Lautréamont, avec une préface d’Alain Robbe-Grillet, Paris, Galerie Bijan Aalam/Natiris, 1980, 36 p. Exemplaire n° 795.

Photographies fournies par Joël et Françoise.

33. Verke – Die Gesänge des Maldoror – Dichtungen – Briefe, édition allemande illustrée par Abiliollamas, Francfort, 1994. Couverture de cuir noir de K. H. Neumann, avec applications de couleur et un titre de dos présenté rouge. D’après l’édition de Berlin, La Sirène, 1985.

Photographies fournies par Joël et Françoise.

34. Gayraud, Oeuvres originales. Les Chants de Maldoror, 10 gouaches, 1967, tirage à 30 exemplaires.

Photographies fournies par Joël et Françoise.

35. Maldoror, extraits avec une introduction de Francis Ambrière et 27 eaux-fortes par Jacques Houplain, Paris, Société des Francs-Bibliophiles, 1947. Tirage unique à 160 exemplaires, tous sur beau papier vélin pur chiffon des papeteries d’Arches. Tiré à part 30 suites.

Photographies fournies par Joël et Françoise.

36. Les Chants de Maldoror, par le Comte de Lautréamont, publiés par les soins d’Albert T’Serstevens et illustrés d’un frontispice en couleurs et de 65 eaux-fortes de Frans de Geetere, Paris, H. Blanchetière, 1927, 2 volumes. Il s’agit de la première édition de luxe.

37. Les Chants de Maldoror, avec 14 aquatintes de Jean Lecoultre, Lausanne, Éditions
des Gaules, 1967.

Photographies fournies par Joël et Françoise.

 

 

 

 

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Un Amour de Maldoror

In Lautréamont, Maldoror, Non classé on 09/07/2018 at 12:08

Bertrand Combaldieu

 

Dans son immense quête pour identifier et localiser les exemplaires de l’édition 1874 de Maldoror, Bertrand Combaldieu a fait la rencontre étonnante de Sheelagh Bevan. Voici son histoire.

 

Lorsque, aux détours d’un échange de mails, Les Cahiers Lautréamont ont reçu le message de Sheelagh, il a fallu le relire pour le croire. Passée la surprise, la décision fut rapidement prise : l’histoire hors du commun de cette New Yorkaise qui évolue dans le milieu de la littérature et de l’art devait faire l’objet d’un article. Jugez plutôt :

A ce propos, mon alliance est gravée avec le mot « Umbrella », celle de mon mari avec les mots « Sewing Machine » !

Sheelagh Bevan, aujourd’hui assistante conservatrice au département Livres et Reliures de la fameuse Morgan Library and Museum de New York[1], fit une rencontre que les Surréalistes ne pouvaient pas même imaginer. Bien avant qu’elle ne survienne, dans les années 1982 ou 83, elle rêva de Richard Hell, musicien chanteur tendance punk et poète. Une prémonition, un « hasard objectif » que ni Breton ni Eluard n’auraient pu renier. Et la rencontre fortuite eut lieu en 1996.

Richard Hell connaît Les Chants de Maldoror depuis 1975, vingt ans avant leur rencontre. Son premier exemplaire égaré, il racheta un volume de l’édition 1943 publié chez New Directions et une édition de poche. Sheelagh, âgée de seize ans en 1981, travaille alors dans une librairie. Elle n’a jamais entendu parler de Lautréamont et découvre un ouvrage publié par les éditions New Directions que la quatrième de couverture décrivait comme « un des premiers exemples d’écriture surréaliste » et mentionnait « le principe du Diable ». Une édition de 1965 réimprimée en 1970 qu’elle possède toujours.

« Qui pouvait résister ? » raconte Sheelagh qui dépense alors son salaire dans les ouvrages des sulfureuses avantgardistes ou modernistes éditions Grove Press et New Directions, et qui pour autant, n’a jamais aimé cette couverture reproduisant une sculpture de Marino Marini.

Couverture et quatrième de couverture des éditions New Direction.

 

Quand ils se rencontrent en 1996 dans l’East Village, NY, Sheelagh lit Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943), poète français excessif et dissident des surréalistes, peu connu, voire oublié de la littérature française. Richard écrit et lit beaucoup de poésies mais aussi de la fiction. Lors de sa première visite chez Richard, Sheelagh aperçoit Les Chants de Maldoror sur une étagère. Isidore Ducasse allait les accompagner tout au long de leur chemin.

Le plus marquant, le plus émouvant témoignage de cette aventure moderne se déroule le 5 octobre 2002, à Copake, à deux heures de route au nord de New York. Sheelagh et Richard se marient, une cérémonie que l’entourage immédiat n’oubliera sans doute jamais. Là, un juge, probablement assez conservateur selon elle, prononce à voix haute et intelligible les vœux de consentement mutuel:

Attendu que Richard et Sheelagh ont consenti mutuellement aux liens du mariage et se sont promis en conséquence l’un à l’autre, qu’ils ont déclaré en se joignant les mains que cette union est aussi belle et respectable que la rétractilité des serres des oiseaux rapaces, et en particulier comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie – il n’en est pas moins vrai que les draperies en forme de croissant de lune n’y reçoivent plus l’expression de leur symétrie définitive dans le nombre quaternaire : allez-y voir par vous-même, si vous ne voulez pas me croire[2], et maintenant, en vertu des pouvoirs qui me sont conférés par la  loi de l’état de New York, je vous déclare Mari et Femme.

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Voeux de mariage.

 

Le juge eut beau trébucher sur les mots « rétractilité » et « quaternaire » pendant une brève répétition, il lut les vœux de consentement sans broncher, droit dans leurs yeux. Sheelagh et Richard furent bien les premiers, et sans doute les seuls époux totalement ducassiens de l’histoire. Du moins à notre connaissance. Breton et consorts n’ont qu’à bien se tenir !

« Le choix était évident, nous raconte Sheelagh. Les oiseaux sont importants pour moi et nous voulions utiliser la rétractilité des serres puis inscrire directement la rencontre fortuite. J’ai ajouté la dernière phrase parce qu’elle nous apparaissait, à tous les deux, comme une sorte de bénédiction. C’est plus un collage, une présomption pour être sûre », avoue-t-elle.

Les familles des époux ne furent pas surprises, connaissant leurs affinités littéraires portées vers le Surréalisme et le langage de l’absurde ainsi que les sensibilités personnelles des deux époux. « Faire partager la belle et étrange langue de Lautréamont à la cérémonie fut une manière pour moi d’embrasser l’artifice présent dans le rituel. Cela donna à notre mariage le sens d’un projet créatif, plus en accord avec nos personnalités et moins conventionnel », nous dit Sheelagh. « Rétrospectivement, c’était sans doute un message adressé à moi-même plutôt qu’à lui. »

Un mariage préparé et perpétué sous les auspices du poète. Peu avant, ils s’étaient rendus dans le quartier des joailliers (Diamond District) pour faire graver les alliances en or rosé que les futurs époux voulaient en harmonie avec la bague de fiançailles dénichée chez un antiquaire à Montmartre. Ducasse toujours. Et le joaillier, comme le juge, ne sourcilla pas un instant, traitant la demande de Sheelagh et Richard comme une autre : Umbrella pour elle ; Sewing Machine pour lui !

Les alliances de Richard Hell et Sheelagh Bevan.

 

Ainsi Ducasse a convoqué l’Amour de manière spectaculaire et touchante, là où l’attendait le moins. Le poète n’est pas seulement une énigme inclassable de la littérature française, une légende portée aux nues par le Surréalisme, un mythe pour certains ni même un simple accident littéraire décrié par d’autres. A New York, il se révèle universaliste, ciment des âmes.

Pour preuve, fin 2002, quelques semaines après son mariage, Richard acheta un des 100 exemplaires imprimés sur vélin des Chants de Maldoror, publié par la Casanova Society à Londres en 1924, avec une préface de Remy de  Gourmont et trois illustrations par Odilon Redon, soit la première traduction anglaise des Chants, par John Rodker et publiée sous le titre « The Lay of Maldoror »[3].

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The Lay of Maldoror – The Casanova Society, 1924.

 

Mais Sheelagh et Richard ne s’arrentèrent pas là dans leur chemin commun avec Ducasse. A moins que ce soit Ducasse qui les entraîna. Deux mois plus tard, ils organisèrent une soirée de mariage à Bowery, quartier berceau de la musique punk New Yorkaise, et il fallait encore répondre à umbrella@richardhell.com, une adresse mail créée à cette occasion par Richard. Il fit imprimer pour tous les invités leurs magnifiques vœux de mariage et y joignit une photo du couple prise par Richard Kern, photographe et réalisateur de la scène underground de NY.

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Invitations à la soirée de mariage.

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Richard Hell et Sheelagh Bevan en 2002. ©Richard Kern

 

Ducasse n‘étant sans doute pas homme à laisser s’installer la romance, et l’union des inconciliables parapluie et machine à coudre prit fin. Le couple se sépara en 2016. « Je suppose que la métaphore parapluie-machine à coudre se révéla exacte, raconte-t-elle, de la plus belle et de la plus terrible des manières. » Alors que reste-t-il ?

En premier lieu, un indéniable attrait pour la poésie. Avec le recul de la dissolution de son mariage, Sheelagh suggère que la beauté et la tristesse de cet évènement ont « aidé à la reconnecter d’avec le Lautréamont de ses 16 ans, en accomplissant pour le meilleur comme pour le pire, sa vision de ce que la vie et l’art pouvaient lui apporter ». Aujourd’hui, Sheelagh déploie son talent pour la littérature et l’art à la Morgan Library.

Et puis, avouons-le, Sheelagh et Richard ont vécu une expérience unique enviée de tous ceux qui s’intéressent à Isidore Ducasse. Et l’on s’interroge sur cette incroyable union comme pour mieux se convaincre de la véracité et de la postérité des strophes de Ducasse. Oui, des rencontres fortuites méritent d’être vécues, dussent-elles se heurter à la réalité. A Paris, à Bruxelles, à New York ou à Montevideo, ce « sacré bouquin » partout laisse des traces, sème encore sa prose auprès de nouvelles générations. De la poésie humaine intemporelle en somme.

Et Sheelagh, qui avoue ne pas vouloir partager Les Chants de Maldoror avec tout le monde, de conclure : « Je ne peux plus lire ou entendre le mot quarternaire sans penser à Lautréamont. » Nous non plus !

 

[1]http://www.themorgan.org/

[2] Les Chants de Maldoror, Chants Sixième, strophes 1 et 8.

[3] La revue américaine d’avant-garde Broom (http://www.ecoledulouvre.fr/revue/numero3octobre2013/GauthierResume.pdf)  fit paraitre de très larges extraits de la traduction par J Rodker des Chants de Maldoror ainsi que la totalité du Chant VI d’août 1922 à déc. 1922. Ces extraits sont consultables par exemple sur (http://bluemountain.princeton.edu/exist/apps/bluemountain/index.html). L’édition de 1924 reste la première traduction anglaise complète de l’œuvre.

 

Maldoror in love (US version)

In Lautréamont, Maldoror, Non classé on 09/07/2018 at 11:41

Bertrand Combaldieu

 

 

In his huge quest to identify and locate all the copies of the 1874’s edition of Maldoror, Bertrand Combaldieu met Sheelagh Bevan. Her story deserve to be told.

 

When Les Cahiers Lautréamont received another e-mail from Sheelagh, they had to re-read it to believe it. After the surprise faded, there was a quick decision: the amazing story of this New York art and literature expert must be subject of an article. Just have a look:

By the way, my wedding ring has the word « umbrella » engraved on the inside, and my husband has the word « sewing machine » engraved on his.

Sheelagh Bevan, now assistant curator in the Printed Books and Bindings department at the famed Morgan Library[1] in New York, experienced something the Surrealists could not even imagine. In the 1982 or 83, long before her current position, she dreamed about Richard Hell, a punk singer songwriter and poet. A premonition, an « objective hazard » that Breton and Éluard would not deny. And the fortuitous encounter happened in 1996.

Richard Hell had known about the Maldoror Cantos since 1975, twenty years before they met. His first copy lost, he later bought a New Directions 1943 edition and a paperback copy. Sheelagh, aged 16 in 1981, was working in a bookstore and came across Maldoror on the shelves. She never heard of Lautréamont but was drawn to the book because of the reputation of the publisher, New Directions. The blurb on its back described it as “one of the earliest examples of Surrealist writing” and mentioned “the principle of Evil”. She still owns this 1970 printing published in 1965.

« Who could resist? » says Sheelagh who spent her paycheck on publications of these avantgarde or modernists publishing houses New Directions and Grove Press, though she never really liked the cover showing a sculpture by Marino Marini.

Cover and back cover of the New Directions edition.

 

When they met in East Village, NY in 1996, Sheelagh was reading Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943), a French immoderate poet and a Surrealist dissident, little known and in fact forgotten from French literature. Richard was reading and writing a lot of poetry and fictions. The first time Sheelagh visited his apartment, she saw The Maldoror Cantos on the shelf. Isidore Ducasse would accompany them throughout their lives together.

The most incredible, the most touching moment of this modern adventure will occur on Oct. 5, 2002 in Copake, a two-hour drive north of New York. Sheelagh and Richard were married in a ceremony that close relatives will probably never forget. A judge, presumably rather conservative in this place, read the wedding vows loud and clear:

Inasmuch as Richard and Sheelagh have consented together in wedlock and thereto have pledged, each to the other, and have declared by the joining of hands that this joining is as beautiful and venerable as the retractability of the claws of birds of prey, and especially as the fortuitous encounter upon a dissecting-table of a sewing-machine and an umbrella– it is nonetheless true that the draperies in the shape of a crescent moon no longer derive the expression of their definitive symmetry from the quaternary number: go there and see for yourself if you do not believe me[2]— now, in accordance with the authority vested in me by the law of the state of New York, I pronounce that they are Husband and Wife.

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The Wedding wows

 

Even if the judge stumbled only once during the brief rehearsal on the word quaternary or retractability, he read the text without hesitation, looking straight at them. Sheelagh and Richard were the first Ducasse-style couple in history. At least as far as we know. Breton and his followers have a challenge ahead.

«The choice was obvious, said Sheelagh, birds are so important to me, so we also wanted to use the retractibility of the claws and then skip ahead to the fortuitous encounter. I think I added the last sentence of the book because it seemed to be both a question and a kind of blessing. It’s more of a collage, the way we integrated the phrases together. A presumption, to be sure”.

The families of the couple were not surprised, given their knowledge of their literary affinities with Surrealism and the language of absurd as well as their personal sensibilities. “Introducing Lautréamont’s beautiful and strange language into the ceremony was a way for me to embrace the artifice already present in the ritual. It made the wedding feel like a creative project, more expressive of the two of us rather than convention, Sheelagh confessed. In retrospect, it feels more like a message I sent to myself, rather than to him”.

A wedding planned and carried on under the auspices of the poet. Shortly before, they had gone to the Diamond District, just a block from the Gotham Book Mart, to engrave the rose gold rings to match the engagement ring they found in an antique store of Montmartre. Ducasse again. And the jeweller, just like the judge, did not hesitate, indifferent to Sheelagh and Richard’s request to inscribe the words: Umbrella for her, Sewing Machine for him!

Richard Hell and Sheelagh Bevan’s rings.

 

 Thus Ducasse carried Love in a spectacular and touching manner, in an unexpected place. The poet is not only an unclassifiable enigma in the French literature, a legend praised to the skies by Surrealism, a myth for some or a simple literature accident for others. In New York, he became a universalist, a cement for the souls.

As proof, by the end of 2002, a few weeks after the wedding, Richard bought one of the 100 vellum-bound copies of the John Rodker translation, published by the Casanova Society in London in 1924, with three illustrations by Odilon Redon, and an introduction by Remy de Gourmont, entitled “The Lay of Maldoror”. This is the first English translation of Les Chants de Maldoror[3].

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The Lay of Maldoror – The Casanova Society, 1924.

 

And Sheelagh and Richard did not stop there in their joint path with Ducasse. Unless it was Ducasse who led them. They threw a wedding party for friends two months after the ceremony at a loft on the Bowery, the cradle of punk music in New York.  Guests had to answer the invitations by sending an email to umbrella@richardhell.com, an address created by Richard for this occasion. For all guests, he printed the beautiful wedding wows and included in the envelope a photo of the couple taken by Richard Kern, photographer and film director of the NY underground artistic scene.

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Invitations for wedding party.

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Richard Hell and Sheelagh Bevan in 2002. ©Richard Kern

But Ducasse was probably not a man to let the romance take hold, and the union of the unreconcilable umbrella and sewing machine eventually came to an end. The couple broke up in 2016. “. I suppose the umbrella/sewing machine metaphor turned out to be true–in every beautiful and terrible way imaginable”, she says. So now, what’s left?

First of all, an undeniable attraction for poetry. Reflecting on the dissolution of her marriage, Sheelagh suggested that the beauty and horror of what happened “helped reconnect me to my 16-year-old feelings about Lautréamont—by fulfilling, for better and for worse, what I thought and hoped life and art could be”. Today, Sheelagh applies her talent for literature and art at the Morgan Library.

And let’s be honest, Sheelagh and Richard lived a unique experience coveted by everyone interested by Isidore Ducasse. We can question ourselves on this unbelievable union to be convinced that Ducasse’s verses can be true and achieve posterity. Yes, some fortuitous encounters deserved to be experienced, even if they collide with reality. In Paris, Brussels, New York or Montevideo, this “sacré bouquin” (sacred book!) everywhere leaves traces, spreads its prose to new generations. Human timeless poetry in fact.

And Sheelagh, who confesses she wouldn’t share the Maldoror Cantos with just anyone, concludes: “I can never hear or read the word quaternaire without thinking of Lautréamont”. Neither we can!

 

[1]http://www.themorgan.org/

[2]The Songs of Maldoror, Sixth Song, verses 1 and 8.

[3] The American avant-garde review Broom (http://www.ecoledulouvre.fr/revue/numero3octobre2013/GauthierResume.pdf) released large abstracts in English translated by J. Rodker of the cantos and the whole Canto VI  from Aug. 1922 to Dec. 1922. Man can view the abstracts i.e on http://bluemountain.princeton.edu/exist/apps/bluemountain/index.html. The 1924 edition remains the first English translation of the whole book.

 

 

 

Appel à contribution

In Ducasse, Lautréamont, Maldoror, Non classé on 30/04/2018 at 10:12

L’Association des Amis Passés, Présents et Futurs d’Isidore Ducasse, recréée récemment, s’apprête à faire paraître un nouveau Cahier Lautréamont. En parallèle, elle continue à diriger les Cahiers Lautréamont numériques qui proposent, sous la forme d’un blog, d’autres articles sur Isidore Ducasse et son œuvre.

 

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L’AAPPFID lance un appel à contribution à tous les passionnés des Chants de Maldoror et des Poésies. En attendant la préparation des commémorations du cent-cinquantenaire de la non-publication des Chants de Maldoror en 2019, puis de la mort d’Isidore Ducasse en 2020, le numéro de 2018 sera consacré à la relance des études maldororiennes. Plusieurs chantiers sont ouverts : poursuite des recherches biographiques, retour au texte et à son interprétation, étude des exemplaires et de leur histoire, réception de l’œuvre et répercussions sur les lecteurs ultérieurs. En parallèle, les Cahiers Lautréamont continuent à publier tout document rare en lien avec la vie ou l’œuvre d’Isidore Ducasse.

 

En attendant l’organisation de colloques à venir, vous pouvez nous faire parvenir vos propositions de contributions avant le 10 juillet 2018, ou nous contacter pour toute demande de renseignements, à l’adresse suivante : aappfid@isidorelautreamont.fr

 

Pour devenir membre de l’AAPPFID et recevoir le volume annuel des Cahiers Lautréamont veuillez envoyer votre cotisation par chèque à l’adresse de l’association : France : 25€; Étranger : 35€; Institutions : 50€

Association des Amis Passés, Présents et Futurs d’Isidore Ducasse
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Les Cahiers Lautréamont renaissent!

In Ducasse, Lautréamont, Non classé on 21/03/2018 at 13:29

 

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Les Cahiers Lautréamont renaissent!

L’Association des Amis Passés, Présents et Futurs d’Isidore Ducasse a vu le jour en 1987 sous la direction de Jean-Jacques Lefrère. Éditrice des Cahiers Lautréamont jusqu’en 2010, organisatrice de 8 colloques internationaux, l’AAPPFID a très largement contribué à la connaissance d’Isidore Ducasse et de son oeuvre.

 

Depuis 2012, les Cahiers Lautréamont numériques ont poursuivi la publication de diverses études et documents. Aujourd’hui, une nouvelle génération de chercheurs prend le relais, appuyée par les animateurs de l’ancienne association.

 

Sous le même intitulé, la nouvelle AAPPFID prépare un programme de publications imprimées et numériques ainsi que de colloques internationaux destinés à marquer le cent-cinquantenaire des Chants de Maldoror, puis celui, en 2020, de la disparition d’Isidore Ducasse.

 

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Un autre Genonceaux poursuivi par la justice

In Édition, Genonceaux, Non classé on 12/02/2018 at 05:38

Kevin Saliou et Gérard Tasset

 

 

Dans un article précédent, Gérard Tasset nous avait communiqué des informations nouvelles et importantes concernant Léon Genonceaux, le premier à avoir réédité, en 1890, Les Chants de Maldoror. Bien que ceci soit sans rapport avec Isidore Ducasse, il nous a semblé intéressant de présenter au public le destin de l’un de ses neveux, Arthur Clément Joseph, qui connut comme son oncle des déboires judiciaires avant de se ranger à l’âge de la maturité. Voici donc le fruit des recherches de Gérard Tasset.

 

Le père de Léon Genonceaux, Alexandre Théodore Joseph Genonceaux, s’était marié à Couvin le 28 juillet 1845 avec Eloïsme Meunier. Ils avaient ensuite eu trois enfants : Louis Émile Joseph, né le 4 avril 1846, Émile Adolphe Joseph, né le 28 septembre 1850, et Léon Constantin Joseph, le futur éditeur, né le 16 janvier 1854.

Émile s’était marié à son tour, le 20 décembre 1870, et avait vécu un temps, comme son père, à Couvin. Il avait ensuite eu trois enfants : Arthur Clément Joseph, né le 9 novembre 1871, Marie Joseph, née le 3 mai 1875, et René Émile Joseph, né le 15 novembre 1879. En 1879, la famille partit s’installer à Bruxelles. Il est intéressant de noter que, dans sa jeunesse, Léon Genonceaux était également parti s’installer dans la région bruxelloise pour être éditeur, mais qu’il dut revenir à plusieurs reprises chez ses parents à Couvin, comme en témoigne le registre de la population de la commune, consulté par Gérard Tasset. On ignore quelle était la raison de ces allées et venues, et si elles sont le témoignage de premiers déboires financiers, mais en 1880, Léon décida de partir faire fortune dans le monde de l’édition parisienne. La suite est connue et a été racontée par Jean-Jacques Lefrère : on le retrouve peu après employé chez Édouard Monnier, place des Vosges, où il verra se succéder les patrons avant d’hériter de lui-même de la librairie, déménagée au 3, rue Saint-Benoît.

Arthur Clément Joseph, premier fils d’Émile, avait obtenu un diplôme d’ingénieur. Il était négociant en chaux lorsqu’il se maria le 27 avril 1899, à Spy, en Belgique, avec Valérie Blairon, née le 26 mai 1868 à Bruxelles. De ce mariage allaient naître trois enfants : Germaine Maximilienne, née le 18 janvier 1900, Maximilien Emmanuel, né le 20 mars 1901 et Renée Émilie Clémentine, née le 9 juillet 1902. À la fin de l’année 1899, Arthur Clément fonda la Société Anonyme des Carrières de Labuissière, dont il était administrateur et directeur. Mais l’entreprise fit rapidement faillite : elle lui avait néanmoins permis de mener à bien une première escroquerie de plusieurs centaines de milliers de francs, comme le rapporte le journal Le XXesiècle du 3 mars 1905 :

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Peu après, Arthur et sa famille revinrent à Couvin où il fonda, le 10 juillet 1900, la Société anonyme des ciments et chaux de Couvin. Il en était encore administrateur et directeur. Mais en 1902, alors que naît sa fille Renée Émilie Clémentine, il a déménagé à Andrelecht et se déclare ingénieur, sans préciser l’entreprise. Ces informations sont tirées du relevé du recensement de 1900, page R568, effectué par M. Vanwelkenhuyzen et consulté par Gérard Tasset.

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Journal de Charleroi du 5 août 1900

La trace d’Arthur Clément est plus facile à suivre dans la presse que celle de son mystérieux oncle éditeur, car les hauts-faits du neveu ne sont pas moins glorieux. Si l’on ignore ses activités au cours des années 1902-1904, on le retrouve soudain dans la presse en 1905. Le Journal de Paris du 2 mars 1905 et Le XIXe siècle du 3 mars 1905 rapportent en effet l’arrestation d’un escroc de haut vol. Sous de faux noms, il avait arnaqué un certain nombre de personnes en Belgique. Criblé de dettes, Arthur Genonceaux avait fait l’objet, à la fin de 1904, d’une instruction judiciaire. Laissé en liberté provisoire pendant l’instruction de son dossier, il avait alors fui en France pour continuer ses méfaits. Le 1er mars 1905, il fut arrêté pour escroquerie sous le titre usurpé et très maldororien de… comte d’Oultremont. Ainsi, le 2 mars 1905, Le Journal de Paris consacre un article aux « escrocs de haut vol dont un faux gentilhomme » :

La justice belge recherchait depuis plusieurs mois un escroc de marque, Arthur Joseph Genonceaux, qui avait extorqué à de nombreux dupés des sommes dont le total dépassait 100.000 francs. L’aventurier ne restreignait point son champ d’action à la Belgique. Paris, la province et les grandes villes de l’étranger étaient exploitées par lui. Voici quel était son procédé :

Agé de 35 ans à peine, d’allures distinguées, il se présentait chez des capitalistes, en se donnant tantôt comme comte de Nydpruck, tantôt comme chevalier, commis du duc de Staumont, ancien directeur de sociétés financières. Parfois encore il s’adressait à des joailliers ou des orfèvres. Et il sollicitait soit une avance de fonds soit la livraison à crédit d’une certaine quantité de bijoux.

Comme garanti de sa solvabilité, le pseudo-gentilhomme offrait une délégation sur un dépôt de 10.200.000 francs, reliquat de l’héritage de son frère, dont le séquestre était un notaire très honorable demeurant à Bruxelles.

Or Genonceaux avait une maîtresse qui portait à tort ou à raison le même nom que le notaire, et demeurait à Bruxelles dans la même rue, à une ou deux maisons d’intervalle.

Cette femme se faisait remettre les lettres adressées à son homonyme et voisin et qui contenaient des demandes de renseignements concernant le comte de Nydpruck et sa situation de fortune.

Inutile d’ajouter que la jeune femme envoyait aussitôt une réponse favorable et que son amant jouissait ainsi d’un crédit illimité.

Genonceaux vient d’être arrêté à Strasbourg où il était en train de commettre une nouvelle escroquerie et où il s’était approprié le titre de comte d’Oultremont.

Mr Roy, commissaire de police aux délégations judiciaires, a reçu de divers parquets des commissions rogatoires à l’effet d’entendre les victimes de ce maître escroc. Le magistrat devra consacrer plusieurs journées à cette besogne.

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Et dans Le XIXe siècle du 3 mars 1905 :

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A la suite de nombreuses plaintes récemment reçues, le parquet de la Seine vient de charger M. Roy, commissaire aux délégations judiciaires, d’ouvrir une information contre un certain Joseph Genonceaux, 35 ans, d’origine belge. Ancien administrateur de sociétés, très élégant, ruisselant de bijoux, ce personnage a réussi à faire, tant à Paris que dans les départements, un nombre inestimable de dupes, sous les noms d’emprunt de comte de Nydpruck, de Chevalier, comte ou duc de Staumont, de comte d’Oultremont, ou se mettant en rapport avec des banquiers, des financiers, des bijoutiers, des agents d’affaires, etc.

Il s’efforçait de se faire prêter d’importantes sommes d’argent, donnant pour garantie un prétendu dépôt d’un million chez un notaire de Bruxelles, insistait-on. Il donnait l’adresse de sa maîtresse, qui portait le même nom que l’officier ministériel, par une coïncidence habilement calculée. La jeune femme, cela va sans dire, donnait les meilleures renseignements sur l’honorabilité du personnage. Joseph Genonceaux a réussi à escroquer par cet ingénieux moyen plus d’un demi million.

L’escroc, M. Roy en a été avisé hier, vient d’être arrêté à Strasbourg (en Allemagne depuis 1870) où il se disposait à continuer la série de ses exploits.

Le nom du comte Vitole de Nydpruck fait référence à un personnage qui a réellement existé. Vivant à Bruxelles, il avait déposé le 31 juillet 1886 un brevet pour un procédé de tannage accéléré.

Arthur Genonceaux fut rapidement jugé par le tribunal correctionnel de Strasbourg et condamné le 15 mars à 6 mois de prison ferme. Tenant compte de son mois de prison préventive, après avoir effectué ses 5 autres mois, il fut remis à la justice belge à la fin novembre 1905.

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Le Messin du 16 mars 1905

Arthur Clément Genonceaux comparut alors devant le tribunal correctionnel de Bruxelles dès la fin 1905 et jusqu’au début de 1906. Vu la complexité du dossier et l’abondance des témoins, il fallut plusieurs audiences avant qu’il ne soit jugé et condamné le 20 janvier 1906 à quatorze fois trois mois, quatre fois sept mois et une fois deux mois de prison, soit un total de soixante-douze mois ou six ans de prison ferme.

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Le Vingtième siècle du 21 janvier 1906

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Vooruit du 24 janvier 1906

Traduction :

Affaires de justice – Tribunal de Bruxelles

Arthur Genonceaux est condamné à 84 mois de prison pour différents abus de confiance, escroqueries et utilisation de documents falsifiés. En Belgique, il se faisait passer pour un comte d’Oultremont ou bien aussi pour un duc d’Ursel. A Strasbourg, il prenait les titres de nobles Allemands. Grâce à cela, il avait fait la connaissance de beaucoup de gens qu’il pouvait tromper et à qui il pouvait soutirer de l’agent. La maîtresse de Genonceaux fut condamnée à 10 mois de prison.

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Gazette de Charleroi du 19 mars 1906

Arthur Clément Joseph Genonceaux aurait été incarcéré à la prison de Saint-Gilles. Mais a-t-il effectué totalement ses 84 mois (ou 7 ans) de prison additionnés d’un an pour les faux actes notariés ? Cela conduirait en 1914, à la veille de la première guerre mondiale. Une chose est sûre : cette peine n’est pas compatible avec sa nouvelle arrestation à Dinant fin septembre 1909 et son retour devant le tribunal de Bruxelles. Avait-il bénéficié d’une remise de peine ? Mais alors pour quelle raison ?

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Journal de Charleroi du 25 septembre 1909

Quoiqu’il en soit, on se retrouve avec un « trou » dans la vie d’Arthur Clément Genonceaux entre fin 1909 et le 31 août 1921, date à laquelle il publie un article sur la science des chaux et ciments, et un autre article le 14 septembre 1921 dans la revue Le Bâtiment et le bulletin de l’entreprise réunis. Il réapparaît à Ixelles le 20 janvier 1923 pour le prononcé de son divorce avec Valérie Blairon, domiciliée alors avec ses enfants au 334, chaussée de Bruxelles à Forest. L’escroc, a priori repenti, se remaria aussitôt, le 4 avril 1923,  à Ixelles, avec la baronne Ève Elodie Anne de Posch, qui demanda et obtint le divorce moins d’un an après, le 13 septembre 1924. Avait-elle appris le passé de son époux, ou celui-ci avait-il reprit ses activités ?

Arthur Clément ne mourut que le 27 décembre 1937, à Woluwe-Saint-Lambert. Il avait regagné Bruxelles et s’était à nouveau remarié, le 15 février 1925, avec Léonie Léopoldine Hélène Drapier, avec qui il avait eu deux enfants, un petit Jacques mort-né le 7 avril 1926 et une fille, Jacqueline Adrienne Simonne, née le 12 mars 1927. Il avait fallu un troisième mariage pour qu’il se décide à se ranger, devenant, en 1924, directeur du Moniteur des chaux, ciments et travaux publics, l’organe mensuel belge des maîtres de carrières et fabricants de chaux et de ciment.

 

Ainsi, Léon Genonceaux ne fut pas le seul membre de sa famille à mener une vie romanesque aux prises avec la justice française. Mais l’oncle s’était assagi beaucoup plus rapidement, échaudé par ses premières imprudences – l’affaire du Reliquaire, des Voluptueuses de Jean Larocque, sans parler du Tutu, resté inédit – tandis que le neveu avait longtemps poursuivi ses bravades. Gérard Tasset a rencontré, en 2010, Jacqueline Adrienne Simone. Elle n’avait jamais eu de contact avec ses deux demi-sœurs, qui avaient vingt-cinq ans de plus qu’elle. À sa connaissance, son père était ingénieur de four à chaux et directeur de carrière. Mais elle n’avait que dix ans quand Arthur Clément, était mort. Elle ne dut probablement jamais savoir qu’il se faisait appeler autrefois le comte d’Oultremont.

 

Gérard Tasset et Kevin Saliou remercient Georges Lepère pour les coupures de presse illustrant cet article.

Les yeux sanguinaires de Zorilla (version espagnole)

In Non classé on 16/03/2016 at 08:52

 

María Helena Barrera-Agarwal

« Je constate, avec amertume, qu’il ne reste plus que quelques gouttes de sang dans les artères de nos époques phtisiques. Depuis les pleurnicheries odieuses et spéciales, brevetées sans garantie d’un point de repère, des Jean-Jacques Rousseau, des Châteaubriand et des nourrices en pantalon aux poupons Obermann, à travers les autres poètes qui se sont vautrés dans le limon impur, jusqu’au songe de Jean-Paul, le suicide de Dolorès de Veintemilla, le Corbeau d’Allan, la Comédie Infernale du Polonais, les yeux sanguinaires de Zorilla, et l’immortel cancer, Une Charogne, que peignit autrefois, avec amour, l’amant morbide de la Vénus hottentote, les douleurs invraisemblables que ce siècle s’est créées à lui-même, dans leur voulu monotone et dégoûtant, l’ont rendu poitrinaire. Larves absorbantes dans leurs engourdissements insupportables !»

Poésies, I, 27

 

  1. Introducción

Dentro del famoso párrafo de Poésies citado, apenas dos autores pertenecen a la literatura en lengua española, “Dolores de Veintemilla”, y « Zorilla ». A diferencia de los demás escritores evocados por Ducasse, el determinar la exacta identificación de ambos no ha sido tarea simple. La identidad de Dolores Veintimilla y el modo probable en que su nombre y su suicidio llegaron a las páginas de Poésies han sido temas de compleja y amplia dilucidación. Otro tanto ha sucedido respecto de « Zorilla », y del detalle que acompaña tal nombre, la referencia, aparentemente imposible de comprender, a « les yeux sanguinaires ».

Por más de un siglo se ha intentado clarificar el sentido de esas palabras. Al considerarlas, Valery Larbaud las encontró tan inescrutables que sugirió la posibilidad de un error de tipografía que habría introducido la palabra “yeux” [“ojos”] en lugar de “dieux” [“dioses”].[1] La mayoría de la crítica ha aceptado la validez del texto, especulado consistentemente que el poeta aludido es José Zorrilla y Moral, el vate español romántico de mayor fama al momento en que Ducasse escribe su libro.[2] Empero, ningún vínculo real ha podido hallarse para dar solidez a tal especulación. En ningún texto de Zorrilla se encuentra mención de ojos “sanguinarios”, “sangrientos” o “sanguinolentos” – opciones todas posibles en castellano. La razón por la que Ducasse eligió a « Zorilla » para integrarlo a su texto, y, aún más, el significado de « les yeux sanguinaires » a él relacionados, han quedado así en el misterio.

La presente nota propone una teoría que confirmaría la identificación de José Zorrilla y Moral como el « Zorilla » de Poésies. Busca justificar tal identificación en base a evidencias que prueban la relación de amistad que Zorrilla mantuvo con un poeta uruguayo, Alejandro Magariños Cervantes. Propone, en fin, que Ducasse conocía de la existencia de las ediciones originales de dos obras publicadas por esos escritores, y que los contenidos de esos trabajos y los vínculos entre sus autores brindan contexto y explicación a la oscura alusión incluida en Poésies.

 

  1. La Rosa de Alejandría

 

En 1852, Alejandro Magariños Cervantes, joven uruguayo de veintisiete años, publica en Madrid un libro intitulado Celiar, leyenda americana en varios metros.[3] El título es autoexplicativo – se trata de una historia de ribetes románticos, redactada en verso. La trama está claramente influenciada por aquellas de Chateaubriand. Un elemento, empero, busca atemperar lo bien conocido de tales creaciones: Magariños incluye en su trabajo elementos vernáculos, que producen una impresión exótica apta a atraer el interés del público europeo. Los mismos se incluyen tanto en el texto como en los contenidos gráficos del libro.[4] Las abundantes ilustraciones procuran resaltar la singularidad de lo americano.

El mérito literario de Celiar es muy relativo. Empero, la obra hallará considerable éxito en su tiempo.[5] Tal aceptación debe comprenderse a la luz de dos factores, su publicación en España, y los homenajes que recibe de autores altamente reconocidos a la época. La edición original de Celiar se halla prologada, en términos elogiosos, por el ya famoso Ventura de la Vega. De modo aún más significativo, en 1854, pocos meses después de la aparición del libro, el poeta español José Zorrilla y Moral dedica a Magariños una obra suya, La Rosa de Alejandría,[6] mencionando en el prólogo que se ha inspirado en Celiar al crearla:

« La lectura de tu Celiar, que no conocía, ha sido la fuente que me ha suministrado el agua con la que he regado la tierra, para plantar mi Rosa: su inspiración, pues, nos pertenece a medias. »[7]

Lo efusivo de la opinión de Zorrilla se debe, probablemente y en gran parte, a la amistad que ha trabado con Magariños. Esa relación se transparenta en evidencia simple de hallar: la primera edición de La Rosa de Alejandría aparece en una publicación fundada, en Madrid, por el uruguayo, la Revista española de ambos mundos. El prólogo detalla el modo en que Magariños ha tornado explícita su admiración por Zorrilla incluso antes de conocerlo personalmente. Documenta además la insistencia de Magariños para que Zorrilla le confíe un texto a publicar en su revista, citando en su totalidad una carta del primero en tal sentido.

  1. Celiar y los “ojos sangrientos”.

Cuando Zorrilla reedita su La Rosa de Alejandría en formato libro, en 1857, no incluye el prólogo en el que se refiere a Magariños.[8] Empero, puede asumirse que éste garantizó que tanto Celiar como el volumen de la Revista española de ambos mundos en el que se incluía el prólogo de Zorrilla a su respecto, circulasen lo más ampliamente posible entre las élites intelectuales de América Latina. Ello se evidencia, en particular, respecto de su país de origen, Uruguay. En 1878, en un artículo dedicado a Magariños, su contemporáneo y colega José Antonio Tavolara resaltará cómo:

“el juicio literario puesto por D. Ventura de la Vega en la edición ilustrada de Celiar, basta para formar la reputación de cualquier escritor. El eminente poeta D. José Zorrilla le dedicó la preciosa leyenda La Rosa de Alejandría, inspirada por la lectura de Celiar, según lo declara en una amistosa carta”.[9]

Y, ya entrado el siglo diecinueve, aún se difundirá la anécdota como marca cierta de prestigio:

« En el Celiar de Magariños se inspira Don José Zorilla al escribir La Rosa de Alejandría, que está dedicada al uruguayo. »[10]

A su retorno al Uruguay, en 1855, Magariños goza de una gran influencia. En adición a su fama como autor – cimentada, como se ha visto, con los encomios de dos de los más renombrados vates europeos de la época, – Magariños posee una sólida formación jurídica obtenida en España. Por el resto de su vida, ambas ventajas se cristalizarán en éxitos. Profesionalmente, Magariños detentará altos cargos en su país. Literariamente, habrá de pasar a la historia como uno de los adalides del romanticismo en el Uruguay. Esa confluencia lo convertirá en figura omnipresente:

« En largos años de vida gozó de todos los honores y los cargos: juez, ministro, catedrático de Derecho y rector de la Universidad de Montevideo, corresponsal de la Academia Española. Le elogian sus coetáneos y le admiran los jóvenes. En América estudian su obra Sarmiento, Gutiérrez, Bilbao, Mármol, Baralt. En España, Larra, Castelar, Zorrilla, Cánovas. »[11]

Ducasse no podía dejar de estar al tanto de la existencia de Magariños, en razón de la preponderancia de éste último dentro de la escena literaria uruguaya en las décadas de los cincuenta y de los sesenta del siglo diecinueve. ¿Leyó Celiar? ¿Estuvo al tanto de los elogios de Zorrilla? Es imposible probarlo con certeza absoluta, en ausencia de un testimonio directo. Empero, un detalle fundamenta tal suposición: en la página 73 de la edición original de Celiar, luego de una viñeta que presenta una serpiente de cascabel y, como parte de una descripción de un ámbito tan artificialmente salvaje como románticamente predecible, se lee:

 

« ¿O acaso vaga en la selva

algún cimarrón famélico,

y en el disco de la luna

clava sus ojos sangrientos,

tiende el cuello, el aire aspira,

y hacia el llano dirigiéndose

con triste, fúnebre aullido

convoca a sus compañeros

para caer como hienas

sobre el ganado indefenso? »[12]

 

Al leer esos versos y otros de tono similar, resulta difícil creer que Zorrilla encontrase apropiado el elogiar abundantemente la obra, y, aún más, el declarar que hallaba inspiración en la misma. El pasaje confirma lo relativo del mérito de Magariños como poeta. Lo poco afortunado de los lugares comunes en la estrofa citada se halla apenas matizado por un término americano – « cimarrón » por « perro salvaje » – explicado luego en el abundante glosario que acompaña al poema.  En tal contexto, la expresión « ojos sangrientos » es de particular interés. Se destaca por lo forzado y excesivo, características que la tornan, paradójicamente, memorable.

 

  1. Conclusión

 

Al considerar la existencia de la expresión « ojos sangrientos » en Celiar, y la conexión entre Magariños y Zorrilla – representantes, ambos, de la escuela romántica aborrecida por Ducasse – la mención en Poésies puede interpretarse como una alusión doble. La más obvia, desde luego, apunta al propio Zorrilla y a su obra. La segunda, críptica, concierne a Magariños, a su trayectoria irresistible, a sus victorias literarias en dos continentes, obtenidas a pesar de lo precario de su talento poético. Bendecido por Zorrilla, elevado a posiciones que serán inalcanzables en vida para el joven Ducasse, Magariños es reducido en la obra de éste último a una sombra detrás de la sombra de Zorrilla – destino último e inapelable.

 

El interés de una posible alusión sobre Magariños va más allá de su mera inclusión críptica dentro del pasaje de Poésies. Apunta a las lecturas y al ámbito intelectual con el que Ducasse pudo estar en contacto en Uruguay.

Como se recordará, una de las posibles fuentes de los datos que Ducasse recoge en Poésies sobre Dolores Veintimilla es el folleto de Ricardo Palma intitulado Dos poetas, apuntes de mi cartera.[13] Esa publicación contiene dos artículos, el texto sobre la poeta ecuatoriana, precedido de un ensayo sobre el poeta argentino Juan María Gutiérrez. En éste último, Palma menciona expresamente a Magariños, en dos ocasiones, detallando que éste lo han ayudado con datos biográficos sobre Gutiérrez. Como se colige de tal afirmación, Magariños es buen amigo tanto de Gutiérrez como de Palma, lo que da pábulo a asumir que las publicaciones de éste último han debido hallar espacio en la biblioteca del primero, en Montevideo.

La figura de Magariños posee también interés por sus vínculos – tanto personales como familiares – con Francia y con los círculos diplomáticos uruguayos. En 1853 Magariños se halla en París, ciudad en la publica dos libros. En 1854, es nombrado secretario de la legación del Uruguay ante el gobierno francés, misión diplomática que encabezará su tío, Francisco de Borja Magariños, como Ministro Plenipotenciario del Uruguay ante ese país. En 1869, ocupa brevemente la cartera de Relaciones Exteriores del Uruguay.

Su primo Mateo es también Ministro de Relaciones Exteriores en 1854 y 1876. Ejerce, además, como Encargado de Negocios del Uruguay en París, desde octubre de 1871. Una de las hijas de Mateo, Matilde, contrae matrimonio con Louis Edouard Fernand, Conde de la Tour de Saint Igest, quien, probablemente en razón de esa relación, ejerció como Cónsul General del Uruguay en El Havre, Francia, desde 1876.

 

[1] Larbaud, Valery, Les Poésies d’Isidore Ducasse, en La Phalange, 20 Février 1914, pp. 148

[2] Notable excepción a tal suposición generalizada es aquella propuesta por Jean-Pierre Lassalle, quien sugiere que Ducasse pudo referirse a Francisco de Rojas Zorrilla, poeta español del siglo diecisiete. Lassalle, Jean-Pierre, La biblioteca del Liceo de Pau, en Lautréamont y Laforgue en Su Siglo: Texto Compuesto a Partir de Las Actas Del Coloquio Celebrado en Setiembre de 1994 en Las Ciudades de Tarbes y Pau (Francia), Centro Transcultural Confluencia Francouruguaya, Ediciones del Bichito, Montevideo, 1998, p. 272-273.  Lassalle sostiene que la mención de “les yeux sanguinaires” se comprendería entonces como una alusión a la pieza No hay ser padre siendo rey, en la que se incluyen escenas en las que se extraen ojos. Tal posibilidad, empero, debe asumirse errónea, porque implicaría una alusión sin conexión alguna con el espacio temporal del siglo establecido expresamente por Ducasse – “les douleurs invraisemblables que ce siècle s’est créées à lui-même” (énfasis añadido). Todos y cada uno de los autores mencionados por Ducasse se hallan activos dentro de tal espacio temporal. Adicionalmente, habría sido muy difícil que Ducasse se hubiese referido al poeta usando el apellido materno, Zorrilla, en lugar de aquel paterno, Rojas.

[3] Magariños Cervantes, Alejandro, Celiar, leyenda americana en variedad de metros, Establecimiento Tipográfico de D. F. de P. Mellado, Madrid, 1852.

[4] Las ilustraciones han sido ejecutadas por Vicente Urrabieta y Ortiz, notable artista.

[5] Desde inicios de diciembre de 1852, Celiar será reeditada en formato folletín en el diario madrileño La Nación. Margariños Cervantes, Alejandro, Celiar, en La Nación, Año cuarto, No. 1040, miércoles 1 de diciembre de 1852, Madrid, p. 1. El mismo diario ha editado poco antes, también en formato folletín, Caramurú, novela de Magariños, y publicará numerosas reseñas y notas admirativas respecto al autor uruguayo.

[6] Zorrilla y Moral, José, La rosa de Alejandría, leyenda, en La revista española de ambos mundos, Tomo Segundo, Establecimiento Tipográfico de Mellado, Madrid, 1854, en dos entregas, (I) p. 230, y (II) p. 354.

[7] Ídem, ibidem, p. 231

[8] Zorrilla y Moral, José, La rosa de Alejandría. Leyenda inédita, original y en verso, Establecimiento tipográfico de Don Francisco de P. Mellado, Madrid, 1857. Como se puede observar del título, existe una curiosa discrepancia: al momento de publicarse en 1857, La rosa de Alejandría no es inédita, se ha publicado ya, en la revista de Magariños, en el propio establecimiento tipográfico en el que se edita luego como libro. Esa insistencia en su carácter inédito y la desaparición del prólogo son detalles elocuentes cuyo significado exacto debe investigarse.

[9] Tavolara, José Antonio, Escritores uruguayos, El Panorama (semanario literario), No. 12, Montevideo, 24 de noviembre de 1878

[10] García Calderón, Ventura, Barbagelata, H.D., La literatura uruguaya (1757-1917), en Revue Hispanique, Tome XL, Número 97, Librarie C. Klincksieck, Paris, Juin, 1917,  p. 457

[11] Ídem, ibídem.

[12] Magariños Cervantes, Alejandro, Celiar, leyenda americana en variedad de metros, op. Cit., p. 73

[13]   Palma, Ricardo, Dos poetas, apuntes de mi cartera, Imprenta del Universo de G. Helfmann, Valparaíso,1861

Isidore Ducasse: 170 ans en 2016

In Non classé on 26/12/2015 at 14:59

CL-2016

2014 et les amis passés, présents, futurs d’Isidore Ducasse

In Non classé on 03/01/2014 at 12:22

Cahiers-Voeux-2014

Demoiselle Davezac (Jacquette Céleste)

In Non classé on 16/12/2012 at 10:47

Isidore Ducasse était né d’une femme, comme tout le monde, mais cette mère ayant disparu très tôt on tend un peu à l’oublier, au profit du Chancelier qui eut la chance, ou la malchance, de lui survivre longtemps ainsi qu’à leur fils.

Nous pouvons cependant au moins savoir à quoi elle ressemblait quand elle a fait, elle aussi, sa demande de passeport à Bordeaux le 19 novembre 1842, trois ans après François. Céleste Jacquette, avec ses 20 ans, son teint clair, son mètre soixante sept (elle était grande pour l’époque et pour la région), partait pour Montevideo avec l’intention de «travailler de son état», celui de «tailleuse en robes». Elle n’était donc pas domestique chez les Ducasse comme on l’a prétendu. Née à Sarniguet, elle demeurait au moment de sa demande au 19 rue Esprit des Lois (un bon immeuble près des quais, aujourd’hui siège d’une mutuelle des Arts et Métiers  – si la numérotation n’a pas changé depuis 1842).  Sans signes particuliers, tout était normal chez elle: nez moyen, front rond, menton rond, bouche moyenne, visage ovale. Difficile de dire de quelle couleur étaient ses yeux, peut-être clairs, de même pour ses cheveux, vraisemblablement châtains foncés. Et elle savait écrire, au moins son nom:

Céleste-signature

Il est vrai que François était sans doute celui qui le lui avait appris lors de son passage comme instituteur à Sarniguet. Elle ne devait pas avoir beaucoup changé quand elle a donné naissance à Isidore, en avril 1846. Il lui restait moins de deux ans à vivre.

Davezac-Jacquette-Célestehttp://bit.ly/T0srKk

Michel Pierssens

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